Un bilan de 40 ans de recherches archéologiques en Macédoine a été organisé au Louvre d'octobre dernier à janvier 2012, autour d'une exposition intitulée "Au royaume d'Alexandre le Grand : la Macédoine antique". Une collaboration entre le Louvre, les éphories grecques et des mécènes généreux (!). Au même moment d'ailleurs, se tenait une autre exposition sur ce thème en Angleterre. Si vous cherchez, vous pourrez constater que peu de comptes rendus critiques ont été publiés à l'occasion. Juste des résumés de la fiche de présentation du Louvre (et de la dépêche AFP l'annonçant). Et il y avait beaucoup à dire pourtant...

Lydia a pu aller voir cette exposition et nous propose donc un regard critique (forcément) et surtout historique !

En croisant avec le point de vue de celui qui est cité partout comme une référence : Miltiade Hatzopoulos (CR de son ouvrage "La Macédoine. Géographie historique. Langue, Cultes et croyances, Institutions", Paris 2006).

Mille mercis de prendre en charge ce dossier. Aux autres à en faire de même !

Pour rappel, quelques références : 

-catalogue de l'exposition au Musée de Louvre, Paris 2012 ; avec de nombreux numéros spéciaux de revues sorties pour l'occasion (l'Histoire, Archéologia, Les dossiers de l'archéologie, Archéo Théma...)

-http://alexandre-le-grand.louvre.fr/fr/introduction/home.html

-M. Andronicos, Vergina : the Royal Tombs, Athènes 1991

-N.G.L. Hammond, The Macedonian State, Oxford 1989 ; "The ethnè in Epirus and Upper Macedonia", ABSA 2000, pp. 345-352

http://www.jstor.org/pss/30103439

-M.B. Hatzopoulos, La Macédoine : géographie historique (langue, cultes et croyances, institutions) , Paris 2006 ; Macedonian Institutions under the Kings, Athènes 1996

-Macedonia, 4000 years of history and civilization, ouvrage collectif dirigé par M.B. Sakellarion, Athènes 1993

-La Macédoine, ouvrage collectif dirigé par R. Ginouvès, Paris 1993

-Les Macédoniens. Les Grecs du nord et l’époque d’Alexandre, catalogue d’exposition, Marseille 1995

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Réponses à cette discussion

TRENTE ANS DE DÉCOUVERTES

1855 : Léon Heuzey découvre des vestiges à Vergina.


1861 : Léon Heuzey et Honoré Daumet entame des fouilles à Palatitza (dite aussi Vergina), sous l’égide de Napoléon III. Ils y découvrent le palais de Philippe II de Macédoine et une tombe dont les vestiges sont rapportés au Louvre.


1957 : Mise au jour de Pella. Sur le site apparaît deux maisons aristocratiques macédoniennes, composées de cours à péristyle et de salles de banquets.


1968 : Vergina est identifiée comme l’ancienne capitale administrative macédonienne, Aigai.

1977 : A Vergina, Manolis Andronikos fouille un tumulus de 110 mètres de diamètre et de 12 mètres de haut et y découvre trois tombes royales, dont celle de Philippe II.

(Attention : le coffret et les deux têtes d’ivoire ne figurent pas parmi les objets de l’exposition)
1980 : Découverte de la nécropole de Sindos, qui se situe à proximité Thessalonique.


1982 : Toujours à Vergina, Andronikos met au jour le théâtre, lieu de l’assassinat de Philippe II.


1987 : Découverte de la tombe d’Eurydice, femme d’Amyntas III et mère de Philippe. La tombe est placée dans une nécropole royale où apparaît un trône, du mobilier mis en valeur par une façade bordée de colonnes ioniques.


2003 : Découverte du sanctuaire de Zeus à Dion, près d’Olympie.


2008-2009 : Mise au jour de nouvelles tombes dont celle d’Héraclès, le fils d’Alexandre III.


Couronne de feuilles de chêne en or. Date de la seconde partie du IVe siècle avant JC. Retrouvée à Vergina (Aigai) dans le sanctuaire d’Eukleia. Diamètre de 18,5 et 16,5 cm. Exposée habituellement au musée archéologique, Thessalonique.
Durant l’exposition du Louvre, cette pièce est la première auquel le visiteur est confrontée. En effet, elle est présentée, à l’entrée, face à une chronologie des principales découvertes en Macédoine. Eloignée des autres objets, qui sont qu’en à eux présentés en groupe, elle tend à éblouir le visiteur et à révéler la ligne directrice de l’exposition, les splendeurs de l’aristocratie macédonienne.

Impeccable Lydia ! Mille mercis !

N'hésitez pas à nous mettre des images en cliquant sur le 2e lien de la barre menu après les avoir scannées (ou vous les récupérez sur le site du Louvre). 

Pour vos questions sur le CR de M. Hatzopoulos, c'est très simple. Il vous suffit de faire une partie très critique de l'exposition en montrant : 

-qu'il est la référence historique ( ce qui manque dans cette exposition) dans tous les suppléments publiés pour l'occasion

-pourquoi ? A vous de jouer. 

Continuez ainsi : c'est très bien ! Et à très bientôt et encore merci !

Miltiade B. Hatzopoulos, La Macédoine, Géographie historique-Langue-Cultes et croyances-Institutions, De Boccard, 2006

Quelques mots sur l’auteur :

Miltiade Hatzopoulos est né à Athènes en 1944. Il est diplômé de droit à l'Université de Paris, il obtient également un diplôme en littérature classique à la Sorbonne en 1967. Il a particulièrement étudié la littérature mycénienne ainsi que la société et religion de la Grèce antique à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il obtint son doctorat en 1971, à la Sorbonne et y est chargé de cours des 1988. Il également travaillé comme professeur de grec et latin dans le secondaire de 1967à 1970, puis comme rédacteur en chef dans l'édition d'Athènes. Il a enfin exercé le métier de professeur d'histoire en l'Antiquité grecque à l’Université de Nanterre. M. Hatzopoulos est membre de l'Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles Lettres), de la Société archéologique et de l'Institut allemand d'archéologie. Il a enseigné et donné des conférences dans de nombreux pays d'Europe et d'Amérique du Nord et participe activement à la recherche européenne.

La Macédoine, Géographie historique, langue, cultes et croyances, institutions est une synthèse des recherches d’Hatzopoulos, qu’il a mené depuis les années quatre-vingt au sein du Centre de Recherche de l’Antiquité Grecque et Romaine. Cet ouvrage présente donc l’état des connaissances actuelles sur la Macédoine, des découvertes qui sont essentiellement tirées d’études épigraphiques. Ainsi tout au long de cet écrit, ce renommé épigraphiste présente différents aspects de la société macédonienne, en n’omettant jamais d’illustrer ces propos par des retranscriptions de stèles et autres inscriptions.

I)            Géographie historique : la contribution des inscriptions

De nombreux villages et cités sont mentionnés par des auteurs antiques, mais ils ne sont pas localisés (hors le Géographie, livre VII de Strabon traitant particulièrement de la Macédoine mais entièrement perdu). Pour les chercheurs il a été alors très rapidement nécessaire des mettre au point des hypothèses, et parfois des affirmations non tangibles, afin de tracer une carte de la Macédoine de plus en plus étoffée.

Parmi les lieux qui ont longtemps été sources d’obsession, les deux capitales (Pella et Aigai) et le sanctuaire de Dodone.

Afin de percer ces énigmes, les historiens se sont au préalable penchés sur la toponymie même des villages et centres antiques. Mais cette étape n’est pas forcément la plus aisée puisque les noms actuels des villes macédoniennes, ne sont pas les transformations directes d’appellation antique, en effet la Macédoine a été pendant des siècles aux mains des turcs.

Cependant le meilleur moyen d’affirmer être en présence d’un des centres principaux du royaume téménide est encore de retrouver un nombre important de vestiges, de mobilier et immobilier. Mais la découverte qui peut réellement affirmer une théorie reste sans contexte la mise au jour d’inscriptions (décret, stèle de bornage).

Enfin d’être réellement en mesure d’étayer ses suppositions le chercheur prend bien garde à mettre de côté ses attaches sentimentales et à se référer à des indices géographiques, tel que les fleuves et les distances entre les différents villages (en se référant notamment à des récits historiques antique).

L’exemple d’Aigai

Pendant de nombreuses années, les chercheurs ne conçoivent que l’existence d’une seule et unique capitale macédonienne, assimilé à Edessa. Et bien que des chercheurs, tel Tafel réfute cette possibilité, par l’absence de tombes royale par exemple, l’ensemble de la communauté des historiens n’abandonne pas la tradition pour des raisons sentimentales. Ainsi lorsque Heuzey découvre le palais et la tombe royale à Vergina, il est loin de les identifier à Aigai. C’est finalement Hammond qui en se fiant à la narration d’une embuscade de Philippe II, déduit qu’Edessa et Aigai ne peuvent se être identique ; en effet l’inscription datant du IV e siècle découverte, énumère une série de site, dont Aigai, Béroia et Edessa.

II)          Le parler des anciens macédoniens d’après les découvertes épigraphiques récentes

Les premières études sur le langage macédonien a débuté avec l’étude de F.G. Sturz dès 1808, mais très vite les recherches scientifiques se sont mélangées à des controverses politiques, à savoir si le parler des macédoniens entre dans la langue grecque ou non. Ainsi trois hypothèses voit le jour, soit le macédonien est une langue mixte de l’illyrien et du thrace, soit c’est une langue indo-européenne proche du grec ou c’est tout simplement un dialecte grec.

Pendant longtemps, il a été difficile de se prononcer sur la réelle nature du macédonien, par faute de corpora, de syntagmes entiers. Un fait qui s’explique par le fait que le macédonien n’a jamais été une langue littéraire mais également par l’adoption du langage attique par les rois téménides, pour les documents administratifs.

Ainsi la recherche linguistique s’est formée à l’aide de sèmes isolés, et dont l’objectif premier était de définir les ressemblances et les dissemblances phonétiques. Ces unités syntaxiques sont d’une part les gloses (mots isolés) mais également les noms propres ou épiclèses de dieux, puisque nous savons que ces derniers sont formés à partir d’appellation.

Mais avec le temps, les découvertes archéologiques en Grèce du Nord ce sont multipliés, jusqu’à apporter une mine de nouvelles inscriptions beaucoup plus fournies, dont de très rares en macédonien.

Le grec, ainsi que la plupart des langues européennes, tire son origine des terres indiennes, qui ont connus petit à petit des mutations individuelles internes, selon les groupes de locuteurs. Mais pour Hatzopoulos les dialectes en Grèce du Nord et du Sud proviennent d’une même souche, d’une même langue fille. Des langues vernaculaires qui ont connu des mutations similaires mineures, telle la présence de consonnes occlusives (formée par une occlusion momentanée des voies respiratoires) à la place de certaines spirantes. Un phénomène mineur qui ne se cantonne pas uniquement au royaume téménide. De plus même si la langue macédonienne reste d’affiliation grecque elle est reste largement imprégnée d’autres dialectes l’entourant, et dont les éleveurs transhumants sont confrontés lors de leurs passages dans le Pinde (éolien). Cela explique quelques variations de vocabulaire mais les bases restent sensiblement les mêmes, ainsi dans les Macédoniens de Strattis, un grec venu du sud et un macédonien confrontent leur vocabulaire, bien qu’ils se comprennent, l’un utilisera le mot sphyraina tandis que le second prononcera kestra, pour une signification identique.

 

III)        Cultes et rites, croyances et mœurs

Pendant longtemps pour les chercheurs, dont William Tarn, il existe deux panthéons macédoniens, d’une part un groupe de dieux grecs introduits par des souverains hellénisants tandis qu’au sein du peuple les rites restent adressés à des dieux d’origines thraces.

Pourtant grâce aux découvertes archéologiques et à l’étude approfondie de chacune des divinités macédoniennes, ces idées préconçues perdent en crédibilités. Il apparait alors que certains dieux sont issus d’emprunts étrangers ayant une présence limitée dans l’univers cultuel ; ainsi Totoès, dieu du sommeil égyptien, qui n’apparaît que dans une seule inscription jusqu’à aujourd’hui. Le second schéma plus fréquent, permet d’homogénéiser les croyances grecques, les épiclèses qui témoignent de divinités identiques mais citées par différentes appellations, prenons en exemple les inscriptions rapportant le culte à Darron, qui n’est autre qu’Asclépios.

 

-         La traditionnelle triade politique :

Cependant même s’il est possible de relier les croyances macédoniennes au reste du monde grec, il faut tout de même préciser que dans le royaume des Téménides, il subsiste une particularité, la forte survivance de la traditionnelle triade indo-européenne : la souveraineté (Zeus), la guerre (Héraklès) et la santé-prospérité (Asclépios). Un trio de dieux ayant chacun des caractéristiques propres et une importance majeure au sein de la monarchie et de la société macédonienne.

Tout d’abord, Zeus, qui apparait comme le fondateur de l’ethnos macédonien et qui se voit attribuer un sanctuaire de choix, Dion. Ce dernier témoigne du rôle prépondérant du maître de l’Olympe, puisque c’est au sein de cette enceinte sacrée que sont entreposées des documents officiels de première importance, exemple le traité de Persée.

Vient ensuite Héraklès, l’ancêtre de la dynastie royale des Téménides. Une position de géniteur qui explique la forte présence d’inscriptions et de représentations de ce dieu aux cœurs des deux capitales, Pella et Vergina, ainsi qu’à Béroia. Ainsi la dédicace des fils de Persée à Héraklès Patroos au palais d’Aigai.

Pour finir, il faut citer Asclépios, qui reste une divinité importante comme le démontre les nombreux documents se rapportant aux fonctionnements de ces différents lieux de cultes, livres de comptes de son sanctuaire de Béroia ou encore le catalogue de ses prêtres à Kalindoia (prêtres éponymes suite à la réforme de Philippe II).

 

-         La divinité féminine :

Les déesses ne sont pas absentes de la vie cultuelle macédonienne et n’ont pas par ailleurs une importance moindre, en témoigne leurs présences dans des lieux prestigieux tel que les deux capitales ou encore Dion. Une représentation primordiale dans le quotidien de ces pasteurs et citadins puisque la déesse féminine, ses deux hypostases et son parèdre sont synonymes de rites de passages essentiels, celui conduisant de l’enfance vers l’adolescence, puis de l’adolescence vers l’âge adulte (à la fois pour les jeunes hommes et les jeunes femmes) mais également celui menant de vie à trépas.

Mais qui est exactement cette divinité ? Au départ, la déesse est l’incarnation de deux idées, la maternité et la virginité, deux concepts qui peuvent soit fusionner en une unique Déesse-Mère ou se réincarner en un couple mère-fille (Déméter et Koré). A cette divinité féminine s’attache un parèdre masculin, qui est rattaché durant l’époque classique et hellénistique à Dionysos.

Les rites de passages sont d’une importance sociale majeure, puisqu’ils sont synonymes d’entrée dans la vie communautaire, pour tous les jeunes gens. Ainsi avant de pouvoir convoler, les jeunes macédoniennes reçoivent une éducation dans des sanctuaires, tel celui d’Artémis en Thessalie, puis sont soumises au concours de la course sacrée (mythe d’Atalante). Un instant de leur existence qui est immortalisé dans les inscriptions et les sculptures de Létè en Macédoine, représentant le couple Déméter/Koré ou des jeunes filles en mouvement. Les jeunes hommes quant à eux doivent faire leur preuve lors de courses à pieds ou à cheval. Pour ce dernier point il faut préciser que les noms des concurrents ne sont pas indiqué dans les stèles de Létè, il est fait simplement mention des éponymes, preuve que leur identité sont évidentes, de par leur âge entre autre.

Le parèdre masculin, Dionysos a une part particulière dans le culte de la déesse-mère mais également dans les rites de passages. En effet, il est tout d’abord complémentaire du culte de Déméter, en raison de ses caractéristiques agricole, se dessine alors le lien entre l’agriculture et la vigne. Un lien qui pour le coup se constate par la proximité des sanctuaires et des pratiques de la déesse majeure et de son parèdre. De plus, Dionysos tient un rôle important dans la transformation des jeunes adultes, puisque par son épiclèse Agrios (« sauvage »), il représente tour à tour le dieu non urbain, de la Nature et du citoyen. Tandis que par son attribut de Kryptos (« caché »), il se rapporte au passage à l’âge adulte par la cryptie (chasse nocturne des jeunes spartiates lors du rite de passage à la citoyenneté), le travestissement ou les pratiques homosexuelles. Pour plus de précisions, le travestissement se rapporte à la légende de la naissance du dieu, qui afin d’échapper à la foudre d’Héra, se voit contraint de vivre en femme durant son enfance. Les jeunes filles suivent sont exemple lors d’une cérémonie particulière, à l’exemple d’une légende macédonienne selon laquelle les Illyriens auraient fui les champs de bataille face à des jeunes filles équipées en soldats.

Il faut enfin ajouter que certaines coutumes rattachées à Déméter, se rapportent à des pratiques et croyances funéraires. Ainsi comme nous pouvons l’étudier sur les tombes de Perséphone et d’Eurydice, l’initiation au culte de Perséphone et de son fils Dionysos est indispensable pour certains macédoniens à l’accession à l’Ile des Bienheureux (Au-delà).pour être en paix après la mort, le défunt démontre son initiation en présentant deux lamelles d’or en forme de lierre et demande la protection du dieu, grâce à une inscription (exemple dans une tombe du IVe siècle à Amphipolis « je suis la pure Bacchante sacrée de Dionysos, Archéboulé fille d’Antidoros »). La dernière étape de son voyage, le jugement par Khadamanthys et Aiakos (Gorgias de Platon), qui accorde ou non le salut éternel du défunt (exemple de la grande tombe de Leukadia, actuelle Mièza, qui représente les étapes de la mort). Une large importance est accordée à Perséphone (=Koré), Dionysos et Hadès, symbole de la mort, comme en témoigne la narration de l’enlèvement de Perséphone sur les tombes de son homonyme et d’Eurydice. Enfin, autre indice de la présence majeure d’Hadès dans la vie quotidienne des macédoniens, leur troisième mois, Aidonaios doit son nom à une fête en l’honneur du dieu des enfers.

IV)        Institutions royales et communautés civiques

A)   Les Communautés civiques :

-         Organisation des activités économiques :

Avant la période romaine, la Macédoine ne transmet que peu de témoignage sur l’importance d’une aristocratie terrienne qui ferait travailler une forte population servile. Une organisation économique et sociale, distincte de la Grèce du Sud, qui semble due à une répartition des activités, des spécificités selon la géographie. Ainsi nous pouvons distinguer deux grandes activités distinctes, d’une part l’agriculture en Basse Macédoine mais surtout la transhumance dans les hauts plateaux.

Il faut préciser qu’en Macédoine, l’unité économique, sociale et politique reste la famille de base, donc le couple et ses enfants non mariés, excepté les parents pauvres et les serviteurs. Le noyau familial est alors propriétaire collectivement de tous les biens et esclaves dont il use. Une organisation qui semble primordiale et générale, puisque même lors d’affranchissement, de nombreux esclaves libérés restent dans la famille ou avec une aide financière, s’installent à proximité de leurs anciens maîtres. Nous pouvons également préciser le cas de certainement importantes propriétés qui sont divisées et cédées à des membres de la famille (ou parfois à des tenanciers).

En raison d’une forte activité de transhumance, la gestion des possessions terriennes ne peut être constamment assurée par le chef de famille, ainsi durant sa marche pastorale, ce dernier laisse son pouvoir d’administration à un tiers. Le cas le plus fréquent est la délégation féminine, qui alors assure pleinement le rôle de chef de famille, gestion des possessions, de la propriété et de la tutelle des enfants. Cet état de fait se constate notamment par les nombreux actes d’affranchissements retrouvés, qui sont à l’initiative de certaines femmes uniquement, sans accord d’un tiers quelconque.

 

-         Un monde ouvert :

En raison des fréquents déplacements engendrés par leurs activités pastorales, les habitants du Pinde sont loin de vivre en autarcie dans des villages fortifiés. Au contraire ils multiplient les rencontre inter-villages, notamment lors de fêtes religieuses qui précédent les marches vers les plaines. L’exemple le plus important de ces rassemblements reste l’origine de Dion. Mais petit à petit ces réunions quittent leurs prérogatives uniquement cultuelles et abordent d’autres questions essentielles. Ainsi apparaissent des assemblés traitant d’affaires communes, gérant les différents et désignant un chef religieux.

En conséquence de cette organisation centrale qui fondamentale dans la vie économique, sociale et politique, des centres urbains apparaissent dès le VI siècle, tandis que se développe de plus en plus la vie sédentaire. Il faut préciser que dans ces centres urbains se dessine à la fois les relations entre les instances locales et celles plus vastes de l’ethnos, qui se décide au cœur d’un collège de magistrats et d’un conseil des anciens.

Dans cette organisation qui oscille entre indépendance et communauté élargie, quelle est la place exacte du roi ? Est-il réellement, comme le suppose Démosthène incompatible avec la communauté civique ?

 

B)   Les institutions royales

Afin de mieux appréhender les réelles fonctions du roi macédonien, M. Hatzopoulos se penche tout d’abord sur les souverainetés lacédémoniennes (communément associées à Sparte) et molosses.

-         Les rois lacédémoniens :

Ce que communément, l’on nomme Sparte est une association de plusieures cités dont la plus importante est cette dernière, donc en réalité nous devons parler non de spartiates mais de lacédémoniens. Des habitants qui sont divisés en deux catégories, d’une part les égaux (citoyens de Sparte) et les autres (habitants d’autres cités). Ainsi les lacédémoniens libres possèdent deux citoyennetés, une locale et une fédérale (Etat lacédémonien) ; cependant il faut juste préciser que l’Etat fédéral reste aux mains des égaux.

Le roi dans ce système est le chef de tous les lacédémoniens, il est leur chef de guerre, il possède les propriétés de son choix.

La réalité de cette division, une minorité ayant les meilleures terres et de l’autre côté les périèques inclus dans une organisation urbaine de faible importance. Avec la première guerre de Messenie, cette découpe se précise, d’une part la communauté des égaux (aristocratie guerrière et riches propriétaires de la vallée de l’Eurotas) et d’autres part les habitants plus éloignés qui deviennent des citoyens secondaires.

Le roi est alors confronté aux profits des citoyens de Sparte (sénateurs ou damos réunis en apella). Ces derniers essayent d’abaisser les prérogatives du souverain à une simple magistrature, par exemple par le serment mensuel entre ces damos et le chef héréditaire. Mais cette confrontation au sein de l’oligarchie reste en faveur du monarque, en tout cas jusqu’à l’arrivée des romains.

Il faut également préciser que les périèques gardent un pouvoir local sauf en ce qui concernent la politique étrangère (aux mains du roi). Mais ce qui a soudé le pouvoir du roi, c’est sa fonction religieuse et magique, de plus il est le seul lien entre la cité de Sparte et les cités périèques.

-         Les rois des molosses

L’Epire est une terre peuplée de petits cultivateurs mais surtout de pasteurs transhumants. Des éleveurs qui se déplacent deux fois par an, en montant en mai vers les alpages du Pinde puis en redescendant fin octobre dans les vallées et côtes.

Jusqu’au IVe siècle, en raison des contraintes de l’élevage, les molosses ne se cantonnent pas à une vie en autarcie, mais se regroupent dans une multitude de petits villages non fortifiés (Kome) qui s’organisent par la suite en ethnè.

Avant chaque marche de printemps et d’automne, les molosses se réunissent pour des raisons religieuses. Ces lieux de regroupements vont donner naissance à des sanctuaires, centres du monde épirote, ainsi le sanctuaire de Dodone, emplacement du culte de Zeus Naios et de son parèdre Dione.

Autre ciment des différentes communautés, une légende affirmant une origine commune de l’ensemble des molosses et cela depuis la chute de Mycènes.

L’accomplissement de ce sentiment communautaire se révèle dans l’établissement de règlements communs et d’assemblées politiques régulières, dont l’une des principales fonctions est la désignation du roi des Molosses. Ce roi qui est à la fois héréditaire (issus de la famille régnante) mais qui est également élu (absence du droit d’ainesse). Par cette élection, nous pouvons constater un pouvoir royal tempéré par les magistrats (représentant des ethnè, et qui à tour de rôle exercent les postes de prostatas et de secrétaire). Comme à Sparte, ces deux institutions sont liées par un serment, ainsi le roi molosse jure de régner selon les lois préalablement établies.

 

-         Les rois des macédoniens

Les conquérants fondateurs du royaume argéade, les Téménides viennent du Pinde, mais leur royaume est en contact avec la mer Egée, ce qui mène à un plus faible vestige de la transhumance contrairement à la Molossie.

La direction du royaume est subdivisée entre les mains du Roi et celui de l’ethnos, où est absente l’unité de base, le village. En effet la légende fait mention de conquêtes de centres urbains qui sont par la suite transformés en villes macédoniennes.

Lors de l’expansion du royaume, on assiste à l’expulsion de peuplades non grecques qui sont aussitôt remplacées par des colons. Cela a peut-être engendré une nouvelle conception de la hiérarchie, les citadins avaient-ils un meilleur statut que les villageois, pas si sûr puisque sous Philippe II ces compagnons étaient répartis dans différentes campagnes.

Philippe II est surtout à l’origine d’une nouvelle organisation géopolitique, ainsi le royaume est divisé en territoires civiques, autour d’un centre urbain, d’une constellation de villages ou d’ethnè. Chacun des habitants était alors possesseur de la citoyenneté macédonienne.

Pourtant nous pouvons nous demander quelles sont les prérogatives requissent afin de participer à la vie politique, est-ce sur la base de la richesse personnelle et sur la capacité d’équipement militaire individuelle.

Mais l’extension du royaume macédonien tend à s’assembler avec des peuples organisés préalablement en cités et qui ne se reconnaissent pas dans cette organisation monarchique, ainsi pour eux la liberté réside dans des fédérations de cités.

Cette volonté d’indépendance sape grandement l’autorité du roi et mène les cités à se tourner vers les chalcidiens notamment, ainsi Philippe II en toute intelligence trouve un compromis et donc endigue de possibles révoltes. Il les dote de constitutions internes, avec un pouvoir exécutif fort aux mains d’un épistate (inspiré du koinon Chalcidien) et découpe le territoire en régions administratives et militaires (inspiré de l’organisation Thessalienne), chacune sous les ordres d’un stratège. Ainsi le roi s’impose en protecteur des communautés civiques qu’il n’étouffe pas.

La Macédoine se compose alors de plus en plus de citadins, participant à la vie politique, régit par un roi, donc le royaume concilie l’ethnos et la polis.

V)          Forme et contenu des documents officiels

La coexistence de l’institution royale et de la communauté civique amène à une forte communication au moyen de différents types de documents.

 

A)   Les communautés civiles

Ces dernières produisent des lois et des décrets.

-         Les lois

Ce sont des documents législatifs adoptés par l’Assemblée et qui doivent rester en vigueur longtemps.

  • Exemple de contenu :

La loi commence par une date exprimée par le nom du stratège en poste, puis s’ensuit l’énumération des membres de l’Assemblée ayant établit ce document, en enchainant sur l’argumentation en faveur de cette décision et décrivent la procédure à suivre. Enfin dans la seconde partie, il est précisé que la loi a été adopté et a été déposé aux archives publiques. Enfin elle détaille le nombre de vote en sa faveur ou réponse négative lors du second rassemblement pour l’adoption définitive. L’opposition publique se fait à main levée ce qui indique une liberté d’opinion.

-         Les décrets :

Ce sont des documents occasionnels votés sur proposition de magistrats par le Conseil et l’Assemblée. Les sujets habituels, accorder les honneurs à des citoyens ou des étrangers en reconnaissances de services rendus.

Le décret nomme tout d’abord le destinataire de cet honneur, puis expose l’action qui lui a valu cette récompense. Enfin se conclut par la concession de la citoyenneté pérennement et en y incluant une transmission héréditaire.

Mais attention un décret peut également être plus politique, comme lorsqu’il sanctionne par l’exil un membre de la communauté.

 

B)   Documents du Pouvoir Central

Généralement le pouvoir central produit des ordonnances et des lettres adressées directement et personnellement à des magistrats ou à des communautés.

 

-         Les ordonnances

Il y a deux types d’ordonnances, d’une part les les diagrammata, qui sont les textes législatifs de portée générale dans des domaines relevant de la compétence du pouvoir central et les documents ad hoc, qui règlent les questions particulières. Ces documents ne font pas mention de destinataires puisqu’ils entrent en vigueur immédiatement dans la région duquel il émane. Cependant il réside une différence selon que cette ordonnance concerne les militaires ou les civils, en effet dans le premier cas il y a une publication simple ordonnée par une clause tandis que pour le civil, seront soumis à des mesures de transmission spécifiques (indiqué par un bordereau).

 

-         Les lettres

Ce sont des documents adressés à un ou plusieurs destinataires, non à la cité ou à ses corps constitués (exemple la boulè). Ce qui traduit une relation immédiate entre les magistrats des localités et le chef central. Elle porte des ordres, des consignes administratives ou le retour d’un acte conforme aux consignes centrales.

 

Conclusion

                La Macédoine contrairement aux idées préconçues qui se sont longtemps répandues, est loin d’être une terre de sauvages arriérés, totalement éloignés du monde grec de l’Attique. En effet, sur de nombreux points, comme en témoigne les nombreuses recherches menées par Miltiade Hatzopoulos, les macédoniens sont des grecs à part entière. Ainsi ils usent d’un dialecte grec, ils prient des dieux hellénistiques et les célèbres lors de fêtes communes (similaires aux cérémonies communes à Delphes par exemple), de plus même leur organisation politique n’est pas si différente de la Grèce des cités. Ainsi l’épigraphiste fait un comparatif intéressant avec l’oligarchie spartiate afin de démontrer que l’association d’un pouvoir central et d’assemblée communautaire n’est pas simplement un schéma de la région du Pinde. Enfin il met à bas le dernier cliché qui accorde à la Macédoine une apogée soudaine, due à la seule intervention de Philippe II et de son fils. En effet, au regard de l’évolution de l’organisation politique passant de village à des centres urbains et religieux, nous entrevoyons un royaume riche et ouvert.

 

Fiche lecture

L’Archéo Théma, hors-série N°4, octobre 2011

Dossiers d’archéologie, N°347, septembre-octobre 2011

L’Histoire, les collections N°53, octobre-décembre 2011

Archéologia, n°492, octobre 2011

Au royaume d’Alexandre, la Macédoine antique, l’album de l’exposition

[Le grand atlas de la Grèce antique, atlas, 2001]

 

Du 13 octobre 2011 au 16 janvier 2012 dans le hall Napoléon du Louvre, cinq cents pièces, provenant de diverses fouilles en macédoine, ont été exposé. Des objets de prestiges révélés par l’initiative de Sophie Descamps Lequime, la commissaire, et répartis en neuf grands sections suivants un parcours chronologique.

 

I)            L’histoire archéologique de la Macédoine

A)  A la redécouverte de la Macédoine

Pendant longtemps, dans l’imaginaire populaire l’image de la Grèce antique se limitait simplement à la Grèce du sud. Un désintéressement causé en partie par un athénocentrisme prononcé et persistant mais également par le manque de vestiges apparent à l’intérieur des terres du Nord. Ainsi jusqu’au XIX siècle, la Macédoine reste une terrae ingnitae, à l’exception de Philippes (fondée en 356 avant JC) et les deux capitales ne sont toujours pas identifiées.

C’est enfin avec un membre de la jeune Ecole française d’Athènes, Léon Heuzey, que les fouilles débutent dans le nord grec. En effet, lors d’un voyage au nord de l’Olympe, il découvre des vestiges à Palatitza (Petit palais), et plus précisément deux structures souterraines. Ces trouvailles fouillées par la suite mettent au jour, une tombe à la macédonienne (structure composée d’une façade, d’une voûte en berceau, d’une chambre et d’une antichambre).

Mais c’est en 1861, avec la mission voulue par Napoléon III, sur l’étude des champs de batailles de César, et entreprise par Honoré Daumet, architecte et Léon Heuzey, que de réelles recherches débutent en Macédoine. Durant cette expédition de huit mois, ils explorent Philippes, découvrent un tumulus à Kourinos (actuel Korinos) tandis qu’à Palatitza, ils déterrent deux ailes d’un grand édifice ainsi qu’une tombe. Sans se douter une minute de leur découverte primordiale, ils envoient certains éléments au Louvre et publient le résultat de leur travail en 1876.

Après un ralentissement des recherches pendant un certain temps, pour des raisons géopolitiques, en effet, la Macédoine étant sous domination turque jusqu’à la première guerre mondial, les fouilles reprennent des 1937. Cette date correspond au début des investigations de Konstantinos Rhomaios à Vergina, ville fondée en 1922, et auxquelles participe le jeune Manolis Andronikos. Ce dernier poursuit par la suite les recherches sur ce site, après avoir été nommé responsable entre 1950 et 1960. Il entreprend alors de fouiller le palais ainsi qu’une nécropole datant de l’âge du fer. Il constate alors qu’il est en présence d’un site occupé depuis le XIe siècle, par une population importante et extrêmement hiérarchisée. De plus, il est présenté à la classe la plus élevée de la société, l’aristocratie guerrière, dont il entrevoit les rites funéraires (les femmes de la famille royale sont enterrées avec des parures, une triple hache et les insignes royaux et religieux). Finalement l’identité de la ville est découverte quelques années plus tard par Hammond.

Avec ces découvertes primordiales, les investigations en Macédoine se poursuivent jusqu’à aujourd’hui, révélant chaque jours de plus en plus d’indices sur une société qui ne restée citer que parce qu’elle incarne le berceau d’Alexandre. Cependant, il faut préciser que le plus gros des traces de ce royaume extrêmement riche, restent le fruit de tout un panel de nécropole, dont justement cette exposition nous accorde une synthèse plus ou moins complète.

Ainsi avant de nous pencher plus en détail sur les objets présentés au Louvre, attardons-nous un instant sur les sites de fouilles, leurs caractéristiques propres et les renseignements précieux dont ils sont les garants.

 

B)  Les principaux sites de fouilles et leurs trésors

Les fouilles de nécropoles sont multiples en Macédoine, mas comment peut-on définir ces territoires consacrés aux dépouilles des disparus et quelle est l’image en général dans les mentalités macédonienne.

 

1-           Vergina-Aigai

 

La première capitale du royaume macédonien, Aigai est fondée au IXe siècle avant JC d’après la tradition, par un roi légendaire, Karanos, après qu’il eut réussi à capturer une chèvre (ce qui conforte l’idée d’une activité pastorale importante en ces terres).

Mais c’est au IVe siècle qu’elle acquière une place importante sur la scène politique macédonienne, en devenant la capitale puis le lieu de vénération de la maison Argéade. Un statut qui se dessine petit à petit grâce aux maigres sources littéraires d’une part (Diodore de Sicile) mais surtout par les diverses découvertes archéologiques.

 

-      Une société hiérarchisée

La société d’Aigai offre bons nombres de ses secrets grâce à la découverte de ses trois cent tertres contenant chacun jusqu’à cinq tombes et révélant une occupation continue de dix siècles (XIe siècle avant au IIIe siècle après JC).

         Tout d’abord au regard des regroupements de tombes, révélant des familles ensevelies ensembles sur leur propre terre et ce pendant de nombreuses générations, nous en déduisons l’importance de la cellule familiale. Un resserrement familial qui n’empêche pas, bien au contraire cette société, d’être extrêmement hiérarchisée. Une classification dont témoignent les nombreux objets de distinctions présents dans les sépultures. Tout en haut de l’échelle, se positionne l’aristocratie guerrière (mis à l’honneur par l’exposition), qui cumule richesses, pouvoirs politiques et religieux. Des attributions dont elle se fait force de démontrer notamment par son mode de vie et en paradant avec des insignes distinctifs qui l’accompagne jusque dans la tombe. Ainsi, les guerriers sont accompagnés de leur armement (lances, boucliers) tandis que les femmes en nombre plus limités emportent des parures d’apparat (bijoux en métaux précieux). Nous retrouvons également des preuves de leurs charges politiques ou religieuses avec notamment la triple hache à double tranchant ou des diadèmes.

Des mobiliers qui ont également l’intérêt de mettre en avant une société enrichie (notamment durant les campagnes de Philippe II et de son fils et du retour des vétérans), qui n’hésite pas acquérir des objets venant d’autres cités grâce au commerce. Ainsi lors des travaux d’adduction d’eau lors du règne de Philippe II, il apparait des tuiles d’égouts, dont l’ornementation est similaire à celles de l’Attique (frise florale, représentation de svastikas et de carrée à damier). Par ces échanges avec les cités d’Athènes et de Corinthe, entre autres, Aigai conforte l’image d’une Macédoine parfaitement intégrée dans le monde grec. Pourtant, il faut tout de même préciser que malgré le nombre important d’importation, certains ouvrages restent d’exécution locale, comme en témoigne les ateliers présents sur l’Agora. Un travail sur les métaux précieux et autres matériaux nobles (ivoire, pierre) qui est coup à coup la réalisation d’artisans macédoniens ou étrangers.

 

-      Une ville en perpétuel changement

Sous Philippe II, Aigai subit un fort programme de construction visant à un embellissement digne de son statut de capitale. Ainsi au IVe siècle, il s’élève du sol, des fortifications, un palais, un théâtre, le sanctuaire d’Eukleia et même des travaux publics (adduction de l’eau).

         L’un des symboles de cette effervescence est le palais de Philippe (12 500 m2). Une structure princière dont le bâtiment principal, servant à la représentation royale est subdivisé en une série de quinze salles encerclant une cour centrale. Une construction qui s’insère parfaitement dans l’esthétisme grecque général, par la présence de colonnes doriques et doriques. Pourtant il faut préciser que le souverain commande également une structure qui garde de nombreuses caractéristiques macédoniennes (pilier lisses avec deux demi-colonnades cannelées, dont le centre est constitué d’un bloc rectangulaire). Ce palais est également le théâtre d’innovations architecturales locales, comme l’étirement de la structure selon la largeur du pilier central. Les sépultures s’inscrivent également dans ce mouvement de transformations architecturales, ainsi apparaissent les grandes tombes à ciste en pôros (ou tombes à chambre couverte d’une voûte en berceau), dite « macédonienne ».

         Durant le IV et une partie du IIIe siècle, Aigai reste un centre florissant protégé par les souverains Antigonides, en tant qu’emblème de la famille fondatrice Téménide. Mais après la chute de Persée face à Paul Emile, Aigai se transforme en cité artisanale (ateliers installés dans le palais et sur l’acropole), et comme le démontre la destruction des remparts, perd toutes caractéristiques d’une ville politique et militaire.

 

2-           Pella, la nouvelle capitale

Devenue capitale du royaume dès le Ve siècle, elle ne devient un centre politico-économique prédominant que durant le règne de Philippe II. Un choix qui est d’autant plus réfléchit que la ville possède également la qualité d’être un point stratégique, puisqu’elle se situe dans le golfe Thermaïque.

 

-      L’image d’une organisation urbaine

Pella offre un plan au tracé clair et axial, où les différentes structures s’organisent dans un plan hippodaméen (correspond à une succession d’ilots d’habitation de 47m de large et de 132 de long). Ainsi nous retrouvons le Palais au nord, l’Agora au centre, les imposantes demeures au sud et les principaux sanctuaires et édifices publics le long des principales artères. Une ville qui jouit de structures « moderne », ainsi elle possède des rues dallées avec trottoirs et portiques, ainsi de canalisation d’eau et d’égouts (avec des bouches sous les pavées pour l’évacuation). Un désir d’hygiène transparait par la présence de divers points d’eau (puits, citernes, un établissement de bains publics de 1080 m2, en activité du IV au Ier siècle avant JC).

 

Les habitats : Malgré des variations de superficie, nous sommes en présence du modèle standard en Grèce. Ainsi l’habitat s’organise autour d’une cour centrale encerclée de portique, qui semble être la principale communication entre les pièces privées et publiques. Ainsi, nous notons la présence de salle de réception, au rez-de-chaussée. Dans au raz du sol, s’organise également les espaces de vie, culte (autel domestique), cuisine, pièces de stockage et de production (ateliers).

 

Le Palais : C’est un édifice immense, de 70 000 m2, positionné en hauteur sur une colline et dont l’accès se fait par un portique monumental. Il est composé de plusieurs bâtiments, où fourmille une petite cité à l’intérieure de la ville et dont les usages laissent transparaitre les fonctions principales de cet édifice. Ainsi, il accueille les décisions politiques et administratives au sein des salles de conseils et de réceptions, mais c’est également un lieu de vie luxueux pour la famille royale (logements, installation de bains, palestre). Enfin le palais est également un lieu de production comme de nombreuses habitations, ainsi il accueille des ateliers.

 

L’Agora : Elle est le synonyme du centre politico-économique de la ville, un lieu immense (70 000m2, ce qui correspond à dix ilots d’habitation et donc en fait la plus grande agora du monde antique).C’est un lieu de multiples échanges, importations d’Asie Mineure et d’Afrique du Nord par exemple comme en témoigne certaines amphores, le point d’exportation également de productions locales. Enfin, l’Agora est la scène de décisions administratives, ainsi au nord se positionne le siège des magistrats (découverte d’inscriptions) et au sud, se dresse le bâtiment d’archivage (sceaux de terre cuite).

 

-      Architecture religieuse à l’image des cultes

 

Les lieux de cultes : Ils ne sont pas automatiquement monumentales, ainsi dans de nombreux cas se ne sont simplement que des espaces à ciel ouvert. Dans ces espaces définis, les macédoniens retrouvaient des petites chapelles où se trouvées obligatoirement des tables d’offrandes et des nombreux points d’eaux essentiels à la pratique des rituels. Ces domaines attribués au panthéon macédonien (identique aux autres grecs comme en témoignes les statues retrouvées), sont également des espaces de vie et de rassemblement, ainsi on y retrouve des salles de banquets et de stockage (nécessaire à la vie des prêtres).

A Pella, parmi les cultes les plus importants, il y a celui de la Mère des dieux ou d’Aphrodite considérées comme les protectrices de la ville, de Darron, la divinité guérisseuse et celle de Déméter. A cette dernière est rapproché l’enclos circulaire emplis d’os, qui se retrouve également dans d’autres villages macédoniens.

 

Les pratiques funéraires : A Pella, nous passons de groupe de tombes à ciste creusés dans la roche ou appareillé dans les murs, dont les parois sont largement ornementés de peintures (ainsi la représentation de philosophes dans l’une des tombes) à des tombes souterraines de une à deux chambres. Cette dernière apparait plutôt au IIIe siècle, et sont composées de voûtes en berceaux avec de longs couloirs et recouverts de tumuli. Il faut préciser que dans la capitale les crémations sont peu pratiquées et non absentes, ainsi les fouilles ont mis au jour des vases de terre cuite, venus d’Athènes, et contenant les cendres ainsi que des objets de la vie quotidienne et symbolique (pièces de monnaie pour le Passeur).

 

3-          Archontiko

A 5 km de Pella, les fouilles ont rendus visibles 474 tombes, vestiges de l’époque Archaïque (580-480) à l’hellénistique, même s’il faut préciser que ces terres étaient habitées dès le Néolithique.

Une fois n’est pas coutume, ce centre macédonien se trouve être une région pastorale et stratégique, puisqu’il contrôle les axes routiers (est-ouest et nord-sud de Basse Macédoine) et est dominé par une aristocratie guerrière.

Suite aux fouilles dirigées par Anastasia et Pavlos Chrysostomou, de 1992 à 1998 et celles de sauvetage de la nécropole, le site offre le présent de 223 sépultures masculines et 213 féminines (38 sont encore indéterminés), sources de compréhension de cette société pastorale et surtout sur leurs rites funéraires.

 

-      Les mobiliers funéraires

 

Hommes

Femmes

1

Armes de fer (pointe lance)

Peu d’offrande

pas riche bijoux

2

Lances et épée

Bijoux

Vases (terre ou bronze)

Un peu plus d’offrandes

quelques bijoux en métal précieux

3

Armes fer et casque de bronze

épistomion (lamelle d’or pour bouche)

diadème et/ou feuilles d’or sur le corselet et les vêtements

Pour les mères, épouses et sœurs de guerriers :

Elles sont ensevelies avec leurs robes de mariée

Présence masque en or sur visage

4

Huit boucliers en bronze (dans des sépultures mises en situé évidence) offrandes riches

 

Les armements : Ce sont des armes d’apparat, servant le prestige et signes de richesses, plus que des réels outils de guerre, comme en témoigne les divers casques, boucliers et épées soigneusement enjolivés. Ainsi il a été retrouvé quarante-et-un casques macédoniens dit illyriens, composés de bandes ou de feuilles d’or savamment ornementés. La présence de nombreuses copies de cette protection, dans toute la Macédoine permet de déduire à un même atelier de production. Il y a également été mis au jour des boucliers argiens en bronze, où sont représentés des symboles de puissances et de protections, tels des lions rampants ou encore des gorgones. Enfin les poignées de certaines épées ornées d’or et parfois sculptées en forme d’aigle, montrent la technique développée des artisans présents sur le sol macédonien ou la capacité importante d’exportation, grâce aux richesses territoriales ou guerrières.

 

Les bijoux : Nous pouvons observer un usage fréquent de masque mortuaire ou d’éptomion en or qui couvrent le visage ou simplement la bouche du défunt. Cette pratique qui est également présente dans d’autres régions grecques, se rapporte au désir de démontrer un passé dorique. Une ascendance qui ne touche qu’une partie de la haute société et qui devient pour lors une forte justification à l’accession au trône.

 

Le mobilier céramique : Il peut être à la fois le symbole de créations locales, largement diffusées dans la population macédonienne, et donc d’une réelle production, de technique et de style propre et d’un marché exportateur (vase de banquet). Nous pouvons également noter une forte présence d’objets étrangers, qui démontre à la fois un commerce florissant poussé par la richesse des habitants et une entrée de techniques extérieures. Ce dernier point s’explique par l’ouverture des macédoniens sur le reste du monde grec, largement favorisé par les souverains, tandis que l’arrivée d’artisans, venus d’autres cités, témoigne de l’attrait de la Macédoine, source d’enrichissement. Ainsi, il y a un commerce avec la Chalcidique (vases aux motifs floraux), avec l’Asie Mineure (vases à huile), avec l’Attique (amphores aux figures noires), avec des îles comme Samos ou Rhodes (vase à parfum en verre ou en faïence). Cependant toutes les productions étrangères ne pénètrent pas auprès de la population par l’importation, ainsi apparaissent les œuvres d’artisans itinérants qui distribuent entre autres de grands vases de bronze.

 

4-          Dion

En Piétrie et plus précisément au pied de l’Olympe, il se trouve le sanctuaire le plus vénéré de la Macédoine, qui selon la tradition fut fondé par le premier roi thessalien, Deucalion. Un site légendaire et immense qui au fil des recherches apportent des connaissances inédites à la fois sur les cultes macédoniens et plus spécifiquement sur l’utilisation politique de ces sanctuaires majeurs.

 

-      Religion et sanctuaires

Au sein des sanctuaires, se dressent différents cultes qui sont le témoignage du rassemblement de plusieurs peuples. Ainsi il apparait dans ce monde ouvert, un panthéon de plus en plus vaste qui accueille divers dieux locaux, tout simplement ajoutés ou bien assimilé en raison de caractéristiques semblables. Il faut tout de même préciser que ces cultes restent en majorité grecs. En effet, certaines divinités tiennent une place importante dans la vie cultuelle puisqu’elles sont promues par les rois pour des raisons politiques. Ainsi l’émergence de cultes nationaux apparait comme le signe d’une unification des divers peuples transhumants.

 

Cultes promus par rois

Dieux olympiens et locaux

Héraklès :

Ancêtre des Argéade (dédicaces et sanctuaire domestique dans palais d’Aigai)

 

Asclépios :

Dieu guérisseur, associé au dieu local, Darron

Culte originaire de l’asclépieion d’Epidaure. Ce dernier envoi des théores, reçus par théarodoques, afin d’annoncer les fêtes religieuses.

Dans plusieures villes les prêtres d’Asclépios sont éponymes (marque de l’importance de ce culte)

 

Athéna :

Déesse guerrière, protectrice armée (représentée sur les casques et cuirasses)

 

Culte des souverains :

pas attesté mais présence d’un culte héroïque à Héphaistion.

 

Zeus : Dieu des phénomènes météorologiques dont le culte principal est rendu à Dion (Zeus Olympios)

C’est par l’initiative d’Archélaos (413-399) que le culte local devient commun. S’y tient alors tous les 4 ans des concours artistiques dédié aux muses, divinités locales associées à Zeus

 

Déméter : Le plus ancien sanctuaire de Dion lui est dédié

Le culte de Koré (ou Perséphone), sa fille lui est associé

Vestiges d’un Thesmophorion, lieu où les femmes mariées célèbrent la fête des thesmophories (à l’automne juste avant les semailles afin de garantir la fécondité de la terre

 

Dionysos : Ancien en macédoine, il est le dieu de la nature et de la végétation, des transes religieuses et de rituels sauvages

Durant les bacchanales des femmes entrent en transe afin de communiquer avec le dieu (Olympias)

Rites passages sont réalisés sous sa protection comme montre ses épithètes de « sauvage » et de « bien caché »

 

Artémis : Déesse de la chasse, elle a fusionné avec des divinités locales, comme le démontre ses épithètes ex : Artémis Digaia Blaganitis à Aigai

 

Aphrodite : Culte rendu surtout à Aineia (golfe Thermaïque) comme mère du fondateur mythique de la ville, Enée.

 

Isis : introduite par les commerçants, au IIIe siècle avant JC à Dion, mais avant les romains elle est déjà adorée à Pella ou à Aigai (associée à Aphrodite)

 

-      Dion dans le jeu politique

 

Cette ville sacrée est politique comme en témoignent le nombre d’inscriptions importantes dans les sanctuaires, exemple les traités internationaux. De plus durant l’organisation de jeux, le Roi en profite pour recevoir et écouter des étrangers, ainsi Dion devient le miroir de la politique extérieure menée par la Macédoine (désir de prestige et de relations étroites). C’est également un lieu d’héroïsation royale, puisqu’y sont mis en avant certaines victoires et des guerriers tombés au champ d’honneur (ainsi les statues de rois macédoine et les représentations de Lysippe, de 25 cavaliers grandeurs natures tombés à la bataille de Granique en 334)

Afin de poursuivre leur politique d’unification, entre macédoniens mais également avec les autres grecs, à Dion, sont organisés différents événements. Ainsi les processions, deux fois l’an, vers une construction sur le mont Olympe à plus de 2 800m d’altitude, afin d’accomplir des sacrifices en l’honneur de Zeus. Il y a également organisation de jeux olympiques de macédoine, durant neuf jours et ce dès le premier jour du calendrier (fin septembre). Durant ce rassemblement, les macédoniens et autres grecs peuvent assister à des concours sportifs et artistiques

Bien que la cité soit clairement présente dans la politique de Philippe et d’Alexandre (qui lance un programme de construction de temple juste avant sa mort), elle ne perd en rien ces galons durant les règnes suivant. Ainsi sous Cassandre, des édifices publics monumentaux et fortifications (rempart de 2625 m de long) sont élevés. Puis avec l’empire romain et la défaite de Marc Antoine en 31 avant JC, elle devient une colonie de droit romain (exemptée d’impôt et elle continue à s’administrer elle-même), sous le nom de Colonia Julia Augusta Diensis. Durant cette période elle ne souffre pas de déclin, comme en témoigne la construction de nouveaux édifices et ce jusqu’aux invasions d’Ostrogoths (en 254 et 287) et à une succession d’intempéries (tremblements de terre, pluies diluviennes et inondations entre autres).

 

5-          Les autres sources de l’exposition

 

La nécropole de Néa Philadelpheia

Dans une région agricole près du fleuve Gallikos, deux mille deux cents vingt-huit tombes ont été retrouvé, vestige d’une occupation persistante entre le IX et le VIIe siècle avant JC. La nécropole contrairement à Vergina accueille une multitude de tombe individuelle et de très rares incinérations. Au regard de la diversité des objets découvert dans les tombes, de céramique à des lamelles d’or (recouvrant la bouche des défunts), il est probable que dans cette région, la société était hiérarchisée mais pas jusque dans la mort. Ainsi la surface accordée aux défunts est toujours la même et il n’y a pas de zones définies selon le statut social. De ce fait la seule délimitation qui persiste dans cette nécropole est la séparation entre la terre des mort et celle cultivable. Enfin, il faut préciser que la découverte d’or et de bronze auprès de ces macédoniens est la preuve que les richesses ne se cantonnent pas dans les capitales et sont déjà présente avant le règne de Philippe II.

 

La nécropole de Palio Gynaikokastro

Cette nécropole située près de la rive de l’Axios, est un site grandement intéressant puisque contrairement aux autres nécropoles, elle démontre d’une pratique exclusive de la crémation et non de l’inhumation. Les restes sont automatiquement conservés dans des vases funéraires, qui étaient eux-mêmes déposés dans un enclos familial en pierre circulaire. Il a été retrouvé dans auprès de ces vases cinéraires, des amphores aux techniques décoratives persistantes depuis l’âge du bronze. De plus, des mobiliers simplement indicateurs d’identité sexuelle ont été entreposés à l’intérieur des vases.

 

La nécropole de Sindos

A Sindos, il a été découvert cents vingt tombes à cistes ou à fosses, s’étirant du VI au Ve siècle avant JC. Une des caractéristique de ces sépultures est de contenir de riches vases de céramiques importées de centres de productions éloignés, exemple Athènes et Corinthe. Ainsi se côtoient des objets de tradition ionienne, des figurines de terre cuite et des objets de métal, originaire du Péloponnèse, des feuilles d’or ornées de figures animales. Plus étonnant encore les fouilles dévoilent des objets étonnant dans les sépultures des plus aisés, comme des masques en or, du mobilier miniature en fer et même des chars.

 

6-          Thessalonique, capitale de la province romaine

Cette ville hellénistique est fondée en 316-5 par Cassandre mais connait une forte croissance sous le règne d’Antigone Gonatas, comme le démontre les nombreuses constructions (gymnase, port). Mais Thessalonique reste surtout l’apport de nombreuses connaissances sur la Grèce romaine. Tout d’abord par son statut de capitale administrative, siège du proconsul d’une Macédoine étendue, en comparaison du présentant royaume de Persée. Puis par sa position intéressante dans le commerce grec et internationale, puisqu’elle est reliée à la via Egnatia (route romaine traversant la Macédoine d’ouest en est). Cette position stratégique conduit à l’arrivée de nombreux habitants, romains ou étrangers, attirés par leurs possibilités d’enrichissement (en témoins la présence d’étrangers dans les deux nécropoles de la ville).

Cette forte activité politico-commerciale, la conduit vite, au Ier siècle, au statut de cité cosmopolite. Ce qui explique les transformations urbanistiques qui apparaissent, des complexes thermaux (portes des Incantada), un gymnase public, un théâtre, un stade et un hippodrome. Mais surtout, fait qui l’incorpore dans concrètement dans l’empire romain, l’apparition de temple dédiés au culte de la déesse Rome et des empereurs, une manière de faire naitre un sentiment patriotique fort. Une position forte qui se poursuit sous la direction du tétrarque Galère, qui n’hésite pas à faire construire un immense complexe palatiale (palais avec un hippodrome, un arc de triomphe et un sanctuaire) et même jusqu’à Constantin Ier qui n’en fait pas sa capitale mais qui lui laisse le statut de centre politique, militaire et économique (jusqu’à la fin du IVe siècle).

 

La ville aux deux nécropoles : En 2007, lors de fouilles de sauvetages, il a été découvert plus de 2 483 tombes et vestiges architecturaux dans l’ancienne capitale gréco-romaine. Des sépultures organisées dans deux nécropoles distinctes, une occidentale, près des remparts et une occidentale.

Dans la première, il a été mis au jour 411 tombes, positionnées les unes  au-dessus autres en raison d’un manque de place. Pourtant il faut préciser qu’à l’époque romaine, ses tombes sont placées dans des enclos pour chaque groupe. Il y a également été découvert un atelier de céramique équipé de six fours de potier.

Tandis que dans la second a été déterrés 2 072 tombes serrées, datant de l’époque hellénistique à la romaine tardive. Nous pouvons également y constater l’ensevelissement et l’incinération d’étranger, signe d’une ville ouverte aux commerces.

 

II)         Les égéries de l’exposition : Alexandre et l’aristocratie guerrière

Afin d’amener un grand nombre de visiteur à porter leur pas vers le Louvre, ce dernier a fait le choix de donner une place importante et même exclusive, d’une part à l’aristocratie guerrière, fournisseuse d’objet de prestige mais également à Alexandre. Pourquoi le choix de mettre en avant ce personnage historique en avant, ainsi que sa famille ? Cela est simple car il reste la référence dans l’image populaire du royaume de Macédoine, d’ailleurs c’est souvent simplement par son intermédiaire que le public à conscience d’un territoire grec au nord. De plus pour beaucoup la Macédoine n’a pas d’existence fastueuse, avant l’arrivée du conquérant, ce qui amène à limiter son rôle dans l’histoire à simplement les années de règne d’Alexandre III. A la limite, nous pouvons constater une attention sur les années de règne de Philippe II et puis les années suivant la mort du conquérant légendaire, synonymes de la dislocation de son empire. L’attention de ces époques, nous pouvons le deviner n’a effectivement commencer qu’en raison des apports qu’ils fournissent à l’histoire du roi. Pourtant, même si l’exposition se sert énormément de ces appâts, il n’en reste pas moins qu’au fur de la visite, un point apparait aux yeux des visiteurs, la Macédoine a une histoire qui s’étire bien avant l’arrivée d’Alexandre et se poursuit également après durant l’époque romaine. De plus aux regards portés sur les objets ils ont pu constater une richesse importante qui n’est pas simplement le fruit d’apogée rapide engendrée par Philippe et son fils.

 

A)   D’or et d’épée : les privilégiés macédoniens

Au Ve et IVe siècle avant JC, la Macédoine est dirigée par des souverains en quête de conquêtes et de pouvoirs. Ainsi dans ce contexte d’extension du royaume, les rois téménides s’appuient largement sur leurs compagnons (hétairoi). Des guerriers élevés à la cour auprès des héritiers possibles, qui autant par leur éducation similaire que par les liens s’imprégnant sur les champs de batailles, vont rapidement se hisser jusqu’aux plus hautes sphères de la société. Ils forment ainsi l’aristocratie guerrière qui cumule entre ces mains pouvoirs publiques et richesses.

Possesseurs de grands pouvoirs, ils ne se retiennent pas d’arborer des signes distinctifs, et ce jusque dans la mort. En premier lieu, ils mènent grand train dans des grandes maisons. Des demeures qui sur biens des aspects sont similaires à celles des grecs de l’attique. Ainsi, elles possèdent une cour centrale (lieu où est souvent installé l’autel domestique), un espace ouvert autour duquel se positionne toute une série de pièces. Il faut également préciser que bien de maisons aisées sont constitué de deux niveaux différents, un fait qui permet d’organiser plus simplement la vie domestique. Tout d’abord le rez-de-chaussée, qui contient des pièces destinées à la vie publique, tel la salle à manger accompagné d’un vestibule orné. Autour de la cour et ouvert sur la rue nous pouvons retrouver des magasins qui témoignent de l’activité commerciale de la famille, ce qui par ailleurs fait paraitre la maison comme un lieu de travail à part entière. Enfin le premier étage accueille les pièces purement domestiques, telles les chambres. Au regard de cette description, nous pouvons constater que les palais gardent une structure de base similaire, avec simplement plus de grandes pièce destinée à la vie politique (salle de réception par exemple). Il faut également préciser que dans certaines régions ce goût de l’architecture somptuaire se répercute dans la construction de demeure funéraire en plusieures pièces et grandement décorées.

L’autre manière de faire connaitre à tous son statut, reste les insignes de prestiges, les vêtements et accessoires somptuaires. Ainsi les femmes de la noblesse, mère, femme et fille de guerriers aisés, portent de nombreux bijoux en or ou en argent (possible grâce aux mines macédoniennes mais également par le commerce). Les femmes se pavanent alors dans des tenues aux tissus léger et colorés qui se montrent, et qui pour le coup témoigne d’une liberté pour la gente féminine de se déplacer au sein de la ville.

Les guerriers-aristocrates quant à eux, portent des cuirasses et des casques ornés de feuilles d’or, ils scindent des épées ouvragés par des représentations de divinités protectrices. Enfin ils vont jusqu’à se mettre en scène et maintenir une héroïsation personnelle, en se faisant représenter en guerrier ou encore en philosophe, grâce à des peintures ou des sculptures. Ils montrent également leur activités, tel la chasse, les banquets et les concours athlétiques.

Cependant cette idée de se faire acteur de sa propre légende est avant toute chose une arme politique de la royauté, une propagande de l’héroïsation. Une tactique largement utilisée par Alexandre le Grand qui par ailleurs en use de manière si intelligente, que se légende s’est largement maintenu jusqu’à nos jours.

 

B)   La légende d’Alexandre comme moteur de l’exposition

Sous Philippe II et Alexandre III, la peinture et la sculpture sont utilisées d’une part pour des raisons esthétiques mais surtout pour renforcer leur image royale, une propagande politique qui montre bien vite ces résultats positifs (même s’il ne faut pas écarter la présence de descriptions négatives lancées par leur ennemis tel Démosthène).

Le premier office des représentations du roi est de vanter ses mérites guerrier et plus particulièrement de chef militaire, ainsi en témoigne la représentation d’Apelle sous Philippe représentant Alexandre tenant la foudre.

         Mais Alexandre va encore plus loin puisqu’il va jusqu’à magnifier son corps en commandant des sculptures le représentant grâce à des traits callant avec les canons de beauté de l’époque. De plus, lui qui s’affirme le fils de Zeus n’hésite pas non plus à se substituer aux traits de certaines divinités. Il faut tout de même préciser que grand nombre des statues d’Alexandre ne lui sont pas contemporaines.

         Enfin Alexandre se fait accompagné d’auteurs lors de ces campagnes, avec notamment le neveu d’Aristote afin que toutes ses aventures soient rapporté dans le détail. Malheureusement ses textes sont aujourd’hui perdus, ainsi que d’autres biographies dictées par des proches du Roi, à l’exemple de celle de Ptolémée. Pourtant des récits d’Alexandre ils en restent encore aujourd’hui puisque ce personnage historique a eu la chance d’être héroïsé et admiré durant des siècles. Des biographies anecdotiques, des légendes où la réalité n’a plus sa place, dans certaines contrées d’Asie, le macédonien va même être assimilé à un dieu. Enfin le Moyen-âge ne va pas hésiter à lui dresser un roman entier, sorte de best-seller de l’époque. Aujourd’hui, Alexandre tient encore une place importante dans l’imaginaire populaire, delà à en faire la personnalité grecque antique la plus connue, et qui s’entretient largement par la sortie régulière de roman et de film narrant sa vie. Ainsi, l’exposition se sert largement de cette renommée afin d’alimenter le flux de ces visiteurs, un rappel qui se fait d’une par très largement dans les médias, tel les magazines mais également dans les vitrines même du Louvre, puisque même une partie est attribuée ses représentations.

Autant l'incruster ici:


Portée par l’intelligence politique de ses souverains, dont le plus célèbre reste Alexandre le Grand, la Macédoine antique a pu s’imposer en tant que royaume et s’opposer ainsi à la Grèce des cités.  C’est l’histoire de ce royaume au passé glorieux, à l’apogée impressionnante que dévoile l’exposition présentée au musée du Louvre.

L'exposition "Au royaume d'Alexandre le Grand - La Macédoine antique" a lieu au musée du Louvre jusqu'au 16 janvier. Renseignements : www.louvre.fr

 

 

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Je vous invite à aller découvrir ou redécouvrir une petite partie des trésors de la macédoine, en allant feuilleter mes albums.

http://horslesmurs.ning.com/photo/album/listForOwner

 

Merci Lydia : c'est à la fois très complet et très clair. Vous trouverez donc ci-dessous 

-une synthèse sur M.B. Hatzopoulos, La Macédoine. Géographie historique, langues, cultes... , Paris 2006

-un dossier sur l'exposition récente du Louvre en deux parties (les sites / Alexandre et la cour)

Lydia a en outre scanné beaucoup de documents mais les a placés au mauvais endroit. J'ai donc créé une discussion "Documents sur la Macédoine" :

http://horslesmurs.ning.com/group/histoire-grecque-p8-le-monde-des-...

Sinon voici les liens pour ses albums : 

-Chronologie : 

http://horslesmurs.ning.com/photo/album/show?id=1302569%3AAlbum%3A1...

-Les palais macédoniens : 

http://horslesmurs.ning.com/photo/album/show?id=1302569%3AAlbum%3A1...

-Découvertes archéologiques : 

http://horslesmurs.ning.com/photo/photo/listForContributor?screenNa...

http://horslesmurs.ning.com/photo/album/listForOwner?screenName=2t5...

-Armes : 

http://horslesmurs.ning.com/photo/album/show?id=1302569%3AAlbum%3A1...

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