Intérêt du sujet :
L’image idéologique académique liée à la Grèce est fausse. Il existe une « autre Grèce » méconnue. La Grèce du nord est une région ouverte qui n’a rien à envier aux régions de Grèce centrale.
Démarche choisie :
L’auteur s’intéresse exclusivement à la Macédoine et à l’Epire => développement artistique, leur mode de vie, leur politique…
Sources : Utilisation de sources littéraires et de travaux archéologiques.
Apports essentiels :
- Le monde grec ne se limite pas aux cités. La place des ethnè est à souligner dans l’Histoire => c’est la vitalité des régions de Grèce du nord trop longtemps méconnue.
- Rejet d’une conception de l’histoire dite « en cloche » (c'est-à-dire lente ascension, court apogée puis décadence).
- Mutation importante dans le mode de vie de ces régions de Grèce du nord : politique unifiée, sédentarisation partielle de la population, naissance des villes.
- Dynamisme politique et militaire remarquable.
Limites et critiques de la démonstration :
Certains auteurs traitant d’une Grèce restreinte aux seules cités estimeront que P. Cabanes traite « de peuples barbares en voie d’hellénisation ».
Certaines sources qu’il utilise, archéologiques notamment, ne sont pas datées.
Petite synthèse de la lecture :
I. Edification d’états puissants :
Au début du IVe siècle, la Macédoine et l’Epire sont divisées en Etats nombreux => il existe plusieurs royautés en Macédoine. Celle de Basse Macédoine bénéficie d’une certaine prééminence.
- L’auteur nous informe sur la suprématie illyrienne jusqu’en 360.
- L’auteur nous apprend aussi que l’unification de la Macédoine a été l’œuvre majeure de Philippe II. Il a fait « de lourds efforts » qu’il souligne.
- Parmi les Macédoniens, on compte des ethnè de Haute Macédoine, comme les Lyncestes, les Elimiotes et autres et que ces ethnè sont les alliés et les sujets des Macédoniens.
Malgré les alliances et les sujétions => ces peuples font preuve d’une réelle autonomie.
Au début du IVe siècle, le royaume Molosse s’étend petit à petit en intégrant de petits ethnè. L’accueil réservé aux nouveaux membres => obtention rapide des mêmes droits ainsi que la gestion des mêmes magistratures.
La vie artistique dans ces régions du nord est remarquable et très développée.
II. Sédentarisation et urbanisation des populations de Grèce du nord :
IVe siècle : transformation considérable en Epire et en Macédoine du mode de vie de ces populations => « Urbanisation ».
La vie pastorale transhumante n’était plus suffisante pour assurer travail et revenus à toute la population.
Grâce à cette « urbanisation », partout en Epire comme en Haute Macédoine, il y a un développement de villes qui n’aboutit pas à l’adoption du système de la polis, cité-état, autonome calqué sur la cité grecque. Au sein des Koina, ces villes jouent un rôle actif.
III. Un dynamisme politique et militaire extraordinaire :
La sédentarisation d’une partie de la population est confirmée par un dynamisme politique et militaire remarquable dans les différents Etats de Grèce du nord. (Pas seulement grec!).
Sur le plan militaire, la mer n’est plus l’élément central => les décisions se tiennent sur le terrain continental.
Balises :
Lien permanent Réponse de Yacoubi Anissa le 9 avril 2012 à 22:18 Complément de la synthèse précédente :
L’article de Pierre Cabanes est intelligible et efficace. Ses analyses sont compréhensibles. Il est donc aisé de suivre ses explications étant donné qu’il donne beaucoup d’exemples chronologiques ou événementiels, ce qui aide fortement à la compréhension.
Le fil conducteur de cet article est le développement de la Grèce du Nord, ou plus exactement l’émergence de cette « autre Grèce ».
Introduction :
Terme de « crise » au IVe siècle remis en question par P. Cabanes => rappels historiographiques !
L’image idéologique académique liée à la Grèce est fausse. L’auteur nous prouve qu’il existe une « autre Grèce » méconnue. Il s’intéresse précisément à la Grèce du Nord => Macédoine et Epire principalement.
L’unification de ces territoires est mise en avant ainsi que leurs nombreuses similitudes.
Il divise alors son analyse en trois parties :
- tout d’abord il nous explique le processus qui aboutit à l'édification d'Etats puissants en Grèce du Nord
- puis il nous décrit le phénomène de sédentarisation et d’urbanisation résultant de la démographie croissante
- pour enfin nous développer la forte dynamique politique et militaire de cette région.
1. Edification d’états puissants :
Au IVe siècle : les cités sont beaucoup présentes, ailleurs on voit un monde en plein développement => l’Epire et la Macédoine en sont l'exemple.
Action antérieure de Jason de Phères, tagos des thessaliens (entre 374 et 370) : il réussit à reconstruire une Thessalie unie.
Comparaison entre le phénomène d’unification macédonien et épirote :
Unification de la Macédoine par Philippe II:
- intégration de soldats de Haute Macédoine dans l’armée macédonienne
- transfert de populations pour assurer une meilleure sécurité
- repeuplement de certaines régions dévastées
- les mariages aident aussi beaucoup entre habitants de Haute et Basse Macédoine
- en 336 : Philippe II ajoute à la Macédoine unifiée ses conquêtes en Thrace et en Thessalie.
Unification de l’Epire autour de la dynastie éacide plus lente et pacifique :
- petits ethnè sont intégrés à l’état fédéral par la royauté Molosse
- mouvement d’unification s’intensifie sous la régence de la reine Cléopâtre (334-330)
- constitution du Koinon des épirotes
- campagne de Pyrrhos en Italie du Sud : entrée des Chaones dans le royaume éacide.
Deux tentatives d’unification se révéleront tout de même infructueuses :
Innovations dans le domaine des institutions pendant le règne de Philippe II qui seront reprises par les monarchies hellénistiques, comme les Séleucides ou les Lagides.
2. Sédentarisation et urbanisation des populations de Grèce du nord :
Transformation des modes de vie des populations qui découle d’une forte croissance démographique. Pour P. Cabanes : "On peut l’observer mais pas l’expliquer" (par ex : hypothèse sur la faible présence de la peste en Epire…)
Une forte sédentarisation est accompagnée par la naissance des villes, centre d’échanges et de marché => fonction religieuse, administrative et militaire s’en dégagent aussi.
Il y a différents textes littéraires qui abordent ce phénomène de sédentarisation :
Texte de Strabon : insiste sur l’organisation en ethnè et le dynamisme des populations (euandria) thraces, épirotes et illyriennes.
Texte d’Arrien : hommage d’Alexandre le Grand à son père Philippe II (texte vu en cours) => les aspects militaires mis en avant mais surtout son engagement à accélérer la sédentarisation des populations de Haute Macédoine !
Texte de Justin : Il compare cette action de Philippe II aux déplacements de l’élevage transhumant.
Ces textes décrivent surtout les mouvements de transformation dans le mode de vie de la population en Macédoine et en Epire. Mais ceux-ci ne se limitent pas à la Grèce du Nord : certains textes s’intéressent aux Etats fédéraux de Grèce Occidentale, en particulier à l’Etolie et à l’Acarnanie.
L’archéologie révèle la multiplication des villes, surtout en Epire. Au milieu du IVe s, il y a l’édification de monument en pierre dans le sanctuaire de Dodone. Au début du IIIe siècle => grandes cités en Chaonie !
Cette « urbanisation », partout en Grèce du Nord, provoque un développement de villes qui n’aboutit pas à l’adoption du système de la polis, cité-état, autonome calqué sur la cité grecque. Ces villes jouent un rôle actif surtout au sein des Koina.
3. Un dynamisme politique et militaire extraordinaire :
Dynamisme politique et militaire remarquable dans les différents Etats de Grèce du nord appuyé par la lente croissance démographique. Cette vitalité n’est pas propre aux grecs :
L’avènement de Philippe II inverse la situation : la Macédoine (ainsi que les territoires conquis tel que la Thessalie ou la Thrace) se retrouve capable d’approvisionner de manière constante son armée de jeunes recrues.
Installation de colons, pendant les conquêtes d’Alexandre le Grand, dans toutes les fondations qui marque son circuit.
Selon P. Cabanes : « de Chéronée (338) à l’invasion celte en Macédoine de 279, la Macédoine est apparue comme un réservoir de soldats absolument inépuisable ». En Epire, on observe quasiment le même phénomène avec un léger décalage chronologique. Selon Plutarque, Pyrrhos arrive à mobiliser 25000 hommes pour son expédition en Grande Grèce et en Sicile. L’Etolie fait preuve elle d’une activité débordante => beaucoup de succès militaires et grande extension vers la Grèce centrale.
Conclusion :
- Le monde grec ne se limite pas aux cités. La crise que subit la cité athénienne ne s’applique pas aux régions de Grèce centrale et de Grèce du nord.
- Rejet d’une conception de l’histoire dite « en cloche » (c'est-à-dire lente ascension, court apogée puis déclin).
- Mutation importante dans le mode de vie de ces régions de Grèce du nord : mouvement d’unification, forte démographie, sédentarisation partielle de la population, naissance des villes.
- Dynamisme politique et militaire remarquable => la périphérie se montre alors très féconde et donc très intéressante à observer.
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