NADINE BERNARD : « REINES, REGENTES : LE POUVOIR AU FEMININ DANS L’EPIRE ROYALE :

 

Quelques mots sur l’auteur :

Nadine BERNARD est maître de conférences en histoire grecque à l’Université de Rouen.

Ces recherches se portent sur plusieurs thèmes de recherche :

  •  L’histoire sociale du monde grec.
  •  L’histoire du genre.
  •  L’histoire de la Grèce centrale et des royaumes de la Grèce du Nord à l’époque hellénistique.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent ces études sur le pouvoir des femmes en Grèce du Nord, notamment en Épire.

Elle a publié deux œuvres :

  • Femmes et société dans la Grèce classique, Paris, Armand Colin, 2003 (réédition, 2010). Traduction italienne, à paraître (2011).
  • À l’épreuve de la guerre. Guerre et société dans le monde grec, Vème et IVème siècle avant notre ère, Paris, Seli Arslan, 2000.

Ainsi que plusieurs articles :

  • « Reines, régentes : le pouvoir au féminin dans l’Epire royale », in D. Berranger-Ausserve (éd.), Epire, Illyrie, Macédoine. Mélanges offerts au professeur P. Cabanes, Clermont-Ferrand, 2007, p. 253-267.
  • « Aspects de la citoyenneté féminine en Grèce centrale à l’époque hellénistique », in S. Crogiez-Pétrequin (éd.), Dieu(x) et Hommes. Histoire et iconographie des sociétés païennes et chrétiennes de l’Antiquité à nos jours. Mélanges offerts à Fr. Thélamon, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2005, p. 309-319.
  • « Les activités des Étoliens et le contrôle de la mer, IIIème-IIème siècles avant notre ère », in E. Deniaux (éd.), Le canal d’Otrante et la Méditerranée antique et médiévale, Colloque organisé à l’université de Paris-X-Nanterre, 20-21 XI, 2000, Bari, 2005, p. 31-38.
  • « Les femmes âgées au sein de la famille et de la cité classique », in B. Bakhouche (éd.), L’ancienneté chez les Anciens. La vieillesse dans les sociétés antiques, Grèce et Rome, Colloque organisé à l’université de Montpellier, 22-24 XI, 2001, Montpellier, 2003, p. 43-60.

SYNTHESE :

Nadine Bernard, dans cet article, s’intéresse à la période qui s’étend de la disparition d’Alexandre le Molosse en 331 av J.-C. jusqu’à la chute de la monarchie épirote en 232 av J.-C., durant laquelle quatre femmes parviennent à la tête de l’Etat épirote. Elles appartiennent toutes à la famille royale des Eacides. Dans un premier temps, elle s’intéresse plus particulièrement à la vie de ces quatre femmes et à leur exercice du pouvoir :

  • Pendant le dernier tiers du IVème siècle, Cléopâtre et sa mère Olympias, qui dirigent l’Epire et mêlent cette dernière aux rebondissements qui suivent la mort du conquérant Alexandre.
  • Pendant la seconde moitié du IIIème siècle,  les descendantes de Pyrrhos Ier, Olympias et Déidamie, qui elles, cherchent à maintenir l’unité de la Grande Epire, édifiée par leur illustre parent.

Ces récits nous livrent des informations sur les pouvoirs que possédaient ces régentes.

En effet, elles interviennent dans les champs politique, religieux, diplomatique et économique. Ainsi, Cléopâtre remplis les offices civils et religieux inhérents à la Couronne. De même, Olympias, sa mère, s’engage personnellement dans les conflits pour le contrôle de la Macédoine et la défense des droits de son petit fils. Olympias, la fille de Pyrrhos Ier, quant à elle, s’active sur le plan diplomatique, afin de consolider le rapprochement entre Macédoniens et Epirotes.  Enfin, Déidamie, la dernière représentante de la maison royale, doit faire face à la révolte d’une partie de ses sujets, opposés à la monarchie, et est soutenue par son armée. Elle parvient même à reprendre le contrôle de sa capitale, Ambracie, avant d’être trahie et assassinée par les rebelles.

Cependant, la vigueur des initiatives publiques de ces femmes tient en partie à leur personnalité et dépend également des soutiens qu’elles reçoivent, ou pas, de l’extérieur, par exemple, Cléopâtre bénéficiait du soutien du plus puissant souverain de son temps, son frère, Alexandre de Macédoine.

Ces femmes sont, en revanche, très peu impliquées dans le domaine militaire, de plus, elles ne bénéficient d’aucune dénomination précise, pas même au IIIème siècle, qui corresponde à leurs fonctions de régentes, bien qu’elles incarnent et représentent le pouvoir royal. 

 

Dans un second temps, Nadine Bernard porte son attention sur les rapports spécifiques qui peuvent exister entre les femmes et le pouvoir.

  • Tout d’abord, elle évoque l’importance de la femme dans les unions matrimoniales. En effet, les souverains molosses font usage des femmes pour stabiliser, affermir et légitimer leur dynastie. Ces stratégies matrimoniales tendent à consolider les orientations politiques. Les femmes sont choisies au sein de peuples et de cités alliées, au gré des intérêts tactiques et politiques. Nadine Bernard évoque le fait que les choix successifs des souverains dans ce domaine révèlent assez bien les résolutions diplomatiques des Epirotes, fondées sur l’alliance ou le contournement de la Macédoine, la pénétration et l’influence en direction du Nord-est et de l’Occident. Les échanges matrimoniaux avec la Macédoine des Argéades, puis des Antigonides sont d’ailleurs réguliers. La polygamie est également une source de pouvoir. Outre le fait qu’elle permet d’engendrer une réserve de successeurs, elle permet également d’augment la puissance du souverain, en multipliant les alliances et les dots.
  • Les femmes jouent également un rôle important dans le renforcement du système monarchique, en usant de procédés conforment à ceux qu’emploient les autres familles régnantes de l’époque hellénistique. Les souverains éacides donnent également de l’importance à certaines femmes en nommant certaines fondations urbaines d’après leurs noms. Par exemple, Pyrrhos nomme une fondation Antigoneia, dans la vallée du Drino, en Chaonie. Cet acte souligne le rôle qu’Antigone incarne auprès de Pyrrhos. Elle intervient en effet pour l’aider à réunir les moyens matériels et endosse ainsi les responsabilités caractéristiques d’une épouse royale. Elle accomplit des missions de médiation et d’intercession.
  • L’auteur observe des spécificités de la royauté Molosse à l’égard des femmes qui se cristallisent dans les rapports qu’entretiennent les princesses de sang royal avec le pouvoir et la vie publique. En premier lieu, ces femmes ne sont pas écartées de la succession. En l’absence d’héritiers masculins, elles peuvent accéder au trône. D’ailleurs, le caractère patrimonial et ethnique de la monarchie épirote et sa définition territoriale de l’autorité contribuent à faciliter l’avènement d’une reine issue de la dynastie des Eacides, qui est ainsi unie par des liens organiques à son royaume. De plus, l’exercice de l’épitropeia (la régence) des enfants mineurs, entre officiellement dans les attributions des femmes de la maison éacide.

 

En conclusion, Nadine Bernard insiste sur l’originalité de la position des femmes, qui disposent d’une politeia reconnue, qui peuvent être propriétaires de bien, pleinement maîtresses de leurs décisions, responsables quelquefois de la communauté familiale et même chefs de famille, le cas échéant. Il en va de même au sein du génos royal. En effet, la reconnaissance de droits patrimoniaux, la participation à l’héritage des descendantes du lignage royal et leur responsabilité juridique fondent en partie l’autorité dévolue à une reine ou à une régente. Elle précise également que l’affirmation du principe dynastique facilite l’intervention officielle de femmes de sang royal au sommet de l’Etat.

Enfin, elle rappelle que les princesses ne sont pas sur un pied d’égalité avec les héritiers masculins, dans l’ordre des successions mais également dans l’exercice du pouvoir régalien, celles-ci étant désarmées devant les exigences guerrières. Les exploits au combat et les victoires qui constituent des ressorts de l’idéologie royale et qui sont au fondement du charisme des souverains, sont des vertus auxquelles les reines et les régentes épirotes sont étrangères, même si elles occupent une position éminente, source de prestige et d’honneurs et qu’elles disposent d’un pouvoir royal.

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Pièces jointes :

Réponses à cette discussion

Ma synthèse est également en pièce jointe, bonne lecture !!

NADINE BERNARD : « FEMMES ET SOCIETE DANS LA GRECE CLASSIQUE » :

 

Quelques mots sur l’auteur :

Nadine BERNARD est maître de conférences en histoire grecque à l’Université de Rouen.

Ces études se portent sur plusieurs thèmes de recherche :

v  L’histoire sociale du monde grec.

v  L’histoire du genre.

v  L’histoire de la Grèce centrale et des royaumes de la Grèce du Nord à l’époque hellénistique.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent ces études sur le pouvoir des femmes en Grèce du Nord, notamment en Épire.

Elle a publié deux œuvres :                                            

  • Femmes et société dans la Grèce classique, Paris, Armand Colin, 2003 (réédition, 2010). Traduction italienne, à paraître (2011).
  • À l’épreuve de la guerre. Guerre et société dans le monde grec, Vème et IVème siècle avant notre ère, Paris, Seli Arslan, 2000.

Ainsi que plusieurs articles :

  • « Reines, régentes : le pouvoir au féminin dans l’Epire royale », in D. Berranger-Ausserve (éd.), Epire, Illyrie, Macédoine. Mélanges offerts au professeur P. Cabanes, Clermont-Ferrand, 2007, p. 253-267.
  • « Aspects de la citoyenneté féminine en Grèce centrale à l’époque hellénistique », in S. Crogiez-Pétrequin (éd.), Dieu(x) et Hommes. Histoire et iconographie des sociétés païennes et chrétiennes de l’Antiquité à nos jours. Mélanges offerts à Fr. Thélamon, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2005, p. 309-319.
  • « Les activités des Étoliens et le contrôle de la mer, IIIème-IIème siècles avant notre ère », in E. Deniaux (éd.), Le canal d’Otrante et la Méditerranée antique et médiévale, Colloque organisé à l’université de Paris-X-Nanterre, 20-21 XI, 2000, Bari, 2005, p. 31-38.
  • « Les femmes âgées au sein de la famille et de la cité classique », in B. Bakhouche (éd.), L’ancienneté chez les Anciens. La vieillesse dans les sociétés antiques, Grèce et Rome, Colloque organisé à l’université de Montpellier, 22-24 XI, 2001, Montpellier, 2003, p. 43-60.

 

SYNTHESE :

Dans son ouvrage sur  « les femmes et la société dans la Grèce Classique », Nadine Bernard ne consacre qu’une demi-page à la place qu’occupe la femme en Grèce du Nord.

Dans ce paragraphe, elle résume les études d’autres auteurs, notamment celles de Pierre Cabanes, et fait une synthèse des particularités  de la place de la femme dans les régions de la Grèce septentrionale.

Elle rappelle ainsi les capacités juridiques et financières des Grecques du Nord, c’est-à-dire une libre disposition des biens, qui s’étend certainement à plusieurs types de possessions, et des facultés juridiques qui excluent l’assistance d’un intermédiaire pour aliéner leurs avoirs, un Kyrios.

Elle illustre alors ces faits de quelques exemples, empruntés aux études de M. HATZOPOULOS ou de Pierre CABANES, qui ont lieu dans différentes régions de Grèce du Nord.

Elle oppose enfin la place de la femme en Grèce septentrionale, à celle de la femme d’Attique qui se conforme à l’exemple athénien où la femme n’a que peu de droits.

Pièces jointes :

PIERRES CABANES : « LA PLACE DE LA FEMME EN EPIRE » :

 

Quelques mots sur l’auteur :

PIERRE CABANES est un archéologue et un historien  de l’antiquité, spécialiste de l’Epire. Il est professeur émérite d'histoire de l'Antiquité à l'université Paris-X-Nanterre. Il  se rend depuis vingt-cinq ans en Albanie, où il dirige la mission archéologique et épigraphique française dont il est le fondateur. Pierre Cabanes est l’auteur de nombreux ouvrages, dont :

  • L'Epire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine, Belles Lettres, Paris, 1989
  • Le monde grec, Synthèse Armand Colin, Paris, 1998
  • Petit atlas historique de l'Antiquité grecque, Armand Colin, Paris, 2004
  • Le monde hellénistique, de la mort d'Alexandre à la paix d'Apamée, Seuil, Paris, 1995
  • Epire, Illyrie, Macédoine : mélanges offerts au Professeur Cabanes, textes réunis par D. Berranger-Auserve, Clermont-Ferrand 2007
  • Les Illyriens, de Bardylis à Genthios (IVe-IIe siècles avant J.C.), Paris 1988

Il est également l’auteur d’une centaine d’articles concernant ses thèmes de recherche.

Pierre CABANES est une source essentielle dans l’étude des Ethnè, grâce à ses nombreuses publications sur la Grèce du Nord et aux recherches poussées qu’il a entrepris à ce propos.

 

Les Sources :

Pendant longtemps, la pauvreté de la documentation littéraire et épigraphique  ne permettait pas d’étude approfondie de la place de la femme dans la société antique. Cependant, de grands progrès ont été réalisés dans la recherche archéologique en Grèce du Nord et en Albanie et rendent possible une étude plus attentive de cette dernière.

La source principale qui a permis l’étude de la place de la femme en Epire est la documentation épigraphique très riche fournie par le site antique de Butrint, ou Bouthrôtos, et par les inscriptions de Dodone. Cette dernière est surtout composée d’actes d’affranchissement qui permettent de voir la femme antique sous un nouveau jour.

 

SYNTHESE :

 

Introduction :

Pierre CABANES établit, dans son introduction, le portrait de la femme d’Attique. La place de la femme, dans la Grèce Centrale et Méridionale, est souvent calquée sur le modèle de la femme athénienne, c’est-à-dire, selon C. Vatin, qu’ « elle est soumise, sa vie durant, à l’autorité d’un homme, son Kyrios : elle ne peut ester en justice, conclure un acte juridique valable, acheter ou vendre, que si elle est assistée de son Kyrios. »

  • La femme athénienne ne bénéficiait ainsi que de droits très restreints.

Il oppose alors, au modèle de la femme athénienne, la femme épirote.

 

I-                  Originalité de la place de la femme en Epire :  

1)    Le droit de propriété de la femme : les actes d’affranchissement :

D’après les inscriptions de Bouthrôtos, qui sont essentiellement des actes d’affranchissement, la femme épirote agit sans tuteur et dispose librement de ses biens.

  • En effet, elle peut décider, seule, d’un affranchissement.

Par exemple : les inscriptions gravées sur le mur de la parodos occidentale du théâtre de Bouthrôtos fournissent 18 cas d’affranchissement, décidés par une femme seule. Elles affranchissent, à elles seules, 40 esclaves.

La femme épirote affranchit, et de la même façon, elle peut également vendre et acheter, et tout cela sans l’intervention d’un tuteur.

Autrement dit, la femme épirote, entre le IVème et le Ier siècle av J.-C., dispose d’un véritable droit de propriété et donc de la possibilité d’aliéner celle-ci.

2)    La place de la femme au sein du groupe familial :

Nous avons vu la relation qu’entretient une femme épirote seule avec le droit de propriété. Plus souvent, la femme fait partie d’un groupe, d’une communauté familiale, qui décide solidairement d’aliéner une part de son patrimoine, en accordant la liberté à un ou à plusieurs de ses esclaves.

Par exemple : sur 257 décisions d’affranchissement en commun, qui figurent sur le mur de la parodos, 224 sont l’œuvre de groupes qui comprennent au minimum une femme. Autrement dit, dans 90 % des cas, les femmes sont présentes parmi les maîtres affranchisseurs.

En ce qui concerne la place de la femme au sein du groupe familial, dans plusieurs cas, la femme est citée en tête du groupe familial, celle-ci, sans soute veuve, devient le chef de famille pendant la minorité de ses enfants.

  • Même si la femme placée en tête de groupe familial n’exerce qu’une fonction temporaire en tant que chef de famille, dans l’attente que le fils aîné soit apte à prendre la place du père défunt, il est remarquable qu’elle puisse le faire sans aucune tutelle.

3)    Une place juridique reconnue :

La femme épirote dispose également de droits juridiques. Ainsi, elle peut être citée comme témoin dans un procès, et son témoignage vaut alors autant que celui d’un homme.

De plus, une inscription de Dodone vers 370 av J.-C., qui est le plus ancien décret du Koinon des épirotes, donne la politeia à une femme et à ses descendants. Un autre exemple de politeia accordée à une femme a lieu à Thermos, en Etolie. Le droit de cité est donc accordé à une femme,  ce qui est une preuve supplémentaire de la place éminente réservée à la femme en Epire.

Ces quelques exemples de politeia attribuée à des femmes, à Dodone comme à thermos, renforcent l’image de la femme plus indépendante, plus responsable, en Épire comme en Etolie.

 

II-               Les limites de cette originalité :

Malgré des éléments qui montrent que les femmes épirotes disposent de droits plus étendus que les femmes athéniennes, il serait excessif de croire qu’il existe une égalité parfaite entre les hommes et les femmes dans ces sociétés.

En effet, les inscriptions de Bouthrôtos nous éclairent sur ce point, puisqu’on ne compte que 33% de noms de femmes parmi les noms de maîtres propriétaires d’esclaves. De plus, sur 81 décisions d’affranchissement prises par un maître isolé, seulement 18 sont l’œuvre de femmes, soit un pourcentage encore plus faible que dans les affranchissements décidés par un groupe.

De même, à propos de la place de la femme au sein du groupe familial, dans la grande majorité des affranchissements en commun, la femme occupe une place beaucoup plus discrète, sur les 224 décisions prises par un groupe de maîtres comprenant au moins une femme, 166 voient la ou les femmes citées à la fin de l’énumération des maîtres, après tous les hommes. Ainsi, on constate une sous représentation féminine.

Autrement dit, la société épirote est une société dans laquelle la femme dispose réellement d’une place bien plus large qu’à Athènes, dans laquelle tous les membres de la famille ont des droits sur la propriété, sur les esclaves. Cependant, dans la pratique quotidienne, comme dans la vie politique, le rôle de l’homme, chef de famille, et, à l’occasion, guerrier défenseur de la communauté, reste prééminent, ce qui apparaît nettement dans certaines décisions d’affranchissement.

 

III-            La place de la femme dans d’autres régions de Grèce du Nord :

Pierre CABANES explique que la recherche de cas identiques en Grèce Centrale et Septentrionale montre qu’en réalité cette absence de tutelle est beaucoup plus répandue qu’on ne l’imaginait pendant longtemps.  

Ainsi, l’observation des affranchissements en Etolie, dont les institutions ont bien des points communs avec celles de l’Épire, montre que, là aussi, la femme paraît disposer de ses biens et de ses esclaves sans Kyrios.  De même, il n’y a pas davantage de mention de Kyrios en Phocide ou en Locride.  Même en Béotie, la femme peut parfois agir sans la tutelle d’un Kyrios, au même titre qu’un homme. Quant à la situation de la femme macédonienne, elle n’est bien connue que pour une époque plus tardive, aux IIème et IIIème siècles de notre ère, cependant, le maintient d’une pratique juridique ancienne place la femme macédonienne dans une situation comparable à celle de la femme épirote.

Autrement dit, en partant d’une observation particulière de la situation de la femme en Epire, P. CABANES a progressivement élargi le cadre géographique de ses recherches pour constater que la tutelle du Kyrios, qui est de règle en Attique, n’est pas en usage dans une vaste région de la Grèce centrale, occidentale et septentrionale. De plus, les inscriptions de Bouthrôtos révèlent des pratiques juridiques qui sont aussi celles de l’Illyrie.

 

CONCLUSION :

Pierre CABANES conclut son étude en affirmant que la femme occupe, dans l’Epire antique, une place originale. Elle peut :

v  Gérer ses biens, en disposer seule, librement et sans tuteur, sans Kyrios.

v  Exercer la charge de chef de famille.

v  Bénéficier de certaines facultés juridiques : être citée comme témoin, se voir accorder la politeia

Il précise cependant que ces droits, considérables pour l’époque, ne signifient pas pour autant l’égalité des hommes et des femmes. Ainsi, les inscriptions de Bouthrôtos témoignent d’une société dans laquelle l’homme joue le rôle majeur, sans pour autant faire disparaître les prérogatives reconnues juridiquement aux femmes.

 Il insiste également sur le fait que cette originalité de la place de la femme n’est pas limitée étroitement à l’Épire, mais qu’elle se retrouve dans une vaste région comprenant certainement l’Etolie, la Phocide et la Macédoine.

Ce statut particulier de la femme est ainsi une des caractéristiques importantes, dans l’antiquité, de la Grèce du Nord et des pays Illyriens, qui ont beaucoup en commun dans les domaines
politiques et institutionnels comme dans la vie économique et l’organisation sociale.

voici le doc en pièce jointe

 

Pièces jointes :

PIERRE CABANES : L’EPIRE DE LA MORT DE PYRRHOS A LA CONQUETE ROMAINE (272-167) :

Synthèse :

Dans son ouvrage L’Epire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine (272-167), qui fait plus de 600 pages, Pierre CABANES consacre une dizaine de pages à la place de la femme en Epire.

Il se base essentiellement sur les inscriptions retrouvées à Bouthrôtos, composées d’actes d’affranchissement uniquement. Pierre CABANES fait l’analyse de ces dernières afin de comprendre la place qu’occupaient les femmes en Épire. 

Dans cet article, Pierre CABANES s’applique à détailler les inscriptions et à multiplier les exemples qui illustrent, d’une part l’originalité de la place de la femme en Epire, et d’autre part les limites de cette originalité dans une société où l’homme a encore un rôle proéminent.

Il explique par exemple que, certes, les femmes affranchissent à elles seules 40 des 118 esclaves libérés par des propriétaires solitaires, mais cette remarque n’aboutit qu’à la constatation de leur plus grande richesse ou de leur plus large générosité, et ne modifie en rien le pourcentage très faible des décisions d’affranchissement prises par des propriétaires femmes isolées, en face de celles que prennent des hommes également solitaires.

Il remarque également l’absence totale de décisions prises par plusieurs femmes groupées en l’absence de tout homme, c’est-à-dire que la femme peut affranchir lorsqu’elle est seule, mais on ne voit pas d’exemple de deux femmes prenant une décision semblable.

Lorsqu’il s’agit d’un groupe d’affranchisseurs, la femme est rarement en tête du groupe, excepté dans un petit nombre de cas, aussi bien lorsque le groupe est limité à un cas que lorsqu’il est plus nombreux. Dans les deux cas, la propriété des esclaves est commune et ce sont tous les membres du groupe qui prennent ensemble la décision de les affranchir et par là d’aliéner leur patrimoine. De plus, P. CABANES observe plusieurs cas où la femme est citée en tête de liste, cependant la signification de ce phénomène n’est pas très claire. Est-ce une simple marque de déférence pour des femmes plus âgées ou, réellement, un droit plus élevé sur la propriété des esclaves ?

L’auteur admet que, dans la grande majorité des affranchissements, du fait d’un groupe familial, la femme occupe une place beaucoup plus discrète et est citée après les hommes. Cependant, il explique qu’il convient de s’attacher aux exceptions à cet usage, puisqu’effectivement ce sont les entorses à la règle qui peuvent apporter des éclaircissements sur la composition de ces groupes de propriétaires.

P. CABANES, grâce aux informations fournies par les inscriptions, affirme avec certitude que, dans cette région, la femme peut prendre seule des décisions et qu’elle n’est pas mise sous tutelle. Ainsi, il n’y a pas de tutela mulierum en Epire, pas même d’ailleurs qu’en Thessalie, à Chios, et à Calymna.

Vous retrouverez en Annexes, les différents tableaux constitués à partir des inscriptions de Bouthrôtos et sur lesquels l’auteur a travaillé.

Pièces jointes :

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