Synthèse générale :

 

-P. Cabanes, Les Illyriens de Bardylis à Genthios (IVe-IIe siècle avt J.C.), Paris 1988 -P. Cabanes, Les Illyriens de Bardylis à Genthios (IVe-IIe siècle avt J.C.), Paris 1988, pp. 106-128

-P. Cabanes, L'Epire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine (272-167), Paris 1976, pp. 39-172 http://ista.univ-fcomte.fr/publications/biblio_num_Cabanes_Epire.html

-M.B. Hatzopoulos, La Macédoine : géographie historique, langue, cultes et croyances, institutions , Paris 2006, pp. 61-75

-M.B. Hatzopoulos, « Formes d’Etat et régimes politiques et Grèce du nord », L’Illyrie méridionale et l’Epire dans l’Antiquité III, colloque international de Chantilly 1996, Paris 1999, pp. 383-387

-M.B. Hatzopoulos, Macedonian Institutions under the Kings, Athènes 1996

-P. Carlier, La royauté en Grèce avant Alexandre, Paris 1984



Introduction


Les conditions naturelles communes partagées par la Macédoine et l’Epire (relief, climat, végétation, mode d’exploitation des terres, déplacements saisonniers des pasteurs) peuvent orienter ces contrées vers l’adoption de systèmes d’organisation étatique qui se rapprochent.  Le facteur géographique est en effet un des éléments déterminants dont découlent l’organisation et du fonctionnement de ces royautés. En Macédoine, le phénomène urbain est plus précoce et puissant. C’est au sein et autour de la cité que se sont formés les instruments de l’autodétermination communautaire et en même temps les structures d’adhésion organiques à l’ensemble ethnique.  En Epire, en revanche, le phénomène urbain est plus tardif et limité mais un réseau très original et hautement sophistiqué d’institutions politiques s’était développé, insérant à des niveaux successifs les communautés locales à des unités plus vastes, du village jusqu’à l’ensemble ethnique.  Mais bien évidemment , le critère géographique ne suffit pas à expliquer ce qui fait plus précisément la spécificité de ces deux royautés. Il faut donc s’interroger sur ce qui rapprochent les royautés éacides et argéades mais également déceler les différences pour comprendre en quoi chacune a un fonctionnement qui lui est propre.


I.  Le fonctionnement de ces royautés


A)     Des royautés nationales

 
                  M.B Hatzopoulos nous donne une définition de ces deux types de monarchie : la monarchie personnelle (qu’on trouve chez les Lagides et les Séleucides) se traduit alors par la toute puissance du roi, il décide et n’a pas forcément de lien avec le peuple tandis que la monarchie nationale (qu’on trouve en Macédoine et en Epire) s’appuie sur l’articulation entre le roi et la communauté : « le roi est celui d’une communauté constituée et organisée à côté voire en dehors de lui mais à laquelle l’attachent des liens organiques ». Autrement dit à l’époque hellénistique, un roi peut être considéré comme l’Etat, se trouver à coté ou au dessus de l’Etat ou même n’être qu’une partie de l’Etat. Ce qu’il faut retenir, c’est que dans ces royautés personnelles, le roi n’est pas le détenteur exclusif du pouvoir, il doit sans cesse composer avec son peuple et c’est à ce titre qu’on peut parler d’ « Etat duel ». Ainsi, à la fin de la royauté épirote, en 232, le koinon des Epirotes reste le même : il y a toujours le un Conseil et une Assemblée générale ainsi que des représentants. La seule nouveauté est l’apparition d’un stratège unique assisté de deux prostates, mais cela ne vient pas bouleverser l’organisation préexistante. Cette permanence des cadres montre bien que  même sans roi, le koinon des Epirotes a survécu dans son fonctionnement : c’est donc que le roi ne constituait qu’un pouvoir parallèle, son rôle était plus un rôle d’encadrement, notamment en ayant la charge de lever les hommes pour partir en  guerre.

            B) Devenir roi : s’imposer par les armes


                   Mais si le roi constitue une autorité qui vient se surimposer à une organisation fédérale de base, il ne faudrait pas minorer son importance. Ainsi, à partir du IIIe siècle, avec les règnes charismatiques de Philippe II et Alexandre en Macédoine (359-323)  et Pyrrhos en Epire (297-272), le roi fait figure d’homme providentiel capable, par ses conquêtes, d’agrandir l’influence du royaume sur les peuples voisins. Durant cette période, les royautés d’Epire et de Macédoine sont des royautés conquérantes. Et cela ne peut pas en aller autrement puisque le mode d’investigation du roi se fait  par la force, il ne s’agit en aucun cas de royautés héréditaires. C’est donc par les armes que passe la légitimité de ces rois : il doit être le protecteur de son peuple, démontrer des capacités de chef de guerre. En Epire, une fois que cette légitimité est reconnue,  il est investi par un échange de serment avec ses sujets, ce qui traduit une monarchie contractuelle. Ils juraient de gouverner selon les lois et les sujets de rester fidèles au roi, tant que celui-ci leur assurait la sécurité. Si cela n’était pas le cas, il pouvait être déposé et remplacé. C’est ainsi qu’Aristote décrivait cette royauté comme une monarchie modérée et limitée contrairement à la royauté argéade en Macédoine.
La période de rois charismatiques ne dure qu’un temps : si leur successeurs continuent les stratégies de conquêtes, l’aura qu’ils détiennent n’est plus le même.  Mais reste que ce seront toujours les armes qui feront ces rois, considérés avant tout comme des chefs de guerre.

II. Une organisation centralisée ?


A)     En Epire, l’exemple du koinon des Molosses


Le koinon des Molosses est celui que l’on connaît le plus et qui nous permet de nous faire une idée sur les institutions épirotes. L’organisation centralisée des Molosses n’empêche pas l’existence à l’intérieur même du Koinon, d’organismes propres à chaque communauté.
 P. Cabanes nous dresse alors une définition minutieuse des différents organes de ce Koinon des Molosses :

  • Le roi : le Koinon des Molosses a conservé le régime monarchique, à la différence des Chaones et des Thesprôtes, et choisit son roi dans la famille des Eacides ; mais le souverain ne dispose que de pouvoirs limités, comme le souligne Aristote, il est en effet tenu à l’observation des lois. Le non-respect du « contrat » entre le roi et ses sujets peut entrainer la déposition du roi. Ce dernier doté d’une forte personnalité pouvait gouverner sans entrave, c’est le cas certainement d’Alexandre Ier. Chargé du commandement de l'armée du Koinon, le roi bénéficiait d'une autorité́ incontestée en temps de guerre.
  • Le prostate : les inscriptions citent, après le roi, le prostate. souvent même le texte précise le prostate des Molosses. C'est un magistrat éponyme, dont la charge est annuelle et qui peut être choisi dans les différentes tribus, qui sont membres du Koinon des Molosses. Cette magistrature du prostate des Molosses est ancienne ; on peut penser qu’elle remonte à l’époque du roi Tharyps qui, d’après Justin, créa des magistrats annuels. Le terme de prostate est déjà celui qu’utilise Thucydide pour désigner les deux magistrats qui ont remplacé le roi en Chaonie.
  • Le secrétaire : le prostate est fréquemment accompagné sur les inscriptions d’un secrétaire qui appartient en généralement à la même tribu que lui. Les principaux magistrats de l’Etat en dehors du roi sont donc : le prostate, le secrétaire et le premier, c’est à dire, le président de ce collège des représentants de tribus.
  • L’assemblée populaire : l’ecclesia des Molosses prend dans des décrets conservés, le nom de Koinon des Molosses ou seulement « les Molosses ». C’est cette assemblée qui vote les décisions, qui accorde le droit de cité, la proxénie et les autres privilèges déjà énumérés. Rien ne permet de définir sa composition ; il est probable qu’elle était ouverte à tous les hommes en âge de combattre, qu’ils soient molosses ou non, du moment qu’ils appartenaient à une des tribus membres du Koinon.
  • Le conseil : le travail législatif de cette ecclesia ou de ce Koinon des Molosses était peu être préparé par un conseil. Justin a présenté les inconvénients de faire de ce conseil un organe très restreint => maximum 15 membres. Ceci ne complique pas la constitution du Koinon
  • Le collège de représentants des tribus : ce collège tient plutôt d’une réunion de magistrats que d’une assemblée de députés ; il est présidé tour à tour par le représentant de chaque tribu.

Il est plus simple d’admettre que chaque communauté ethnique élit son propre magistrat éponyme et envoie son représentant dans ce collège fédéral.


B) Un royaume argéade divisé en une Haute et une Basse Macédoine


            En Macédoine, il faut faire la distinction entre deux types d’états fédéraux. D’un coté, les Etats ethniques développés et républicains du Sud, qui avaient réussi l’intégration des communautés locales dans l’Etat ethnique et avaient institutionnalisé au niveau national leur représentation. D’un autre coté, les Etats ethniques plus primitifs et monarchiques du Nord, au sein desquels les communautés locales n’avaient pas été pleinement intégrés en tant que telles. Les ethnè de Haute Macédoine (ex : Lyncestes, Elimiotes) sont à la fois les alliés et les sujets des Macédoniens de Basse Macédoine (royaume des Argéades). En simplifiant, on pourrait dire qu’avant 360, il existe en Macédoine plusieurs royautés dont une bénéficie d’une certaine prééminence, celle de la Basse Macédoine. Les autres rois sont ses alliés, et dans un certain ses « sujets » mais ils font preuve fréquemment d’une réelle autonomie. Les rois de Haute Macédoine prêtent serment à la suite des membres de la famille royale argéade. Avec les Elimiotes, des liens étroits sont tissés à partir du règne d’Alexandre Ier mais au début de la guerre du Péloponnèse, Derdas d’Elimiotide est en guerre contre Perdiccas II.


III. Une marche vers l’unité ?


A) La Macédoine

       Après 350, la Haute Macédoine paraît fortement solidement au trône argéade, grâce notamment aux efforts menés par Philippe II. Il a permis :
-l’intégration des soldats de Haute Macédoine dans l’armée macédonienne
-des transferts de populations qui assurent une meilleure sécurité des frontières
-le repeuplement de certaines régions dévastées
-une meilleure cohésion du pays par le brasse des populations
-des alliances matrimoniales nombreuses
         Mais même après cette unification d’envergure, les tendances centrifuges du royaume macédonien n’ont pas disparu. Ainsi, l’attitude des princes de Lyncestide inquiète Alexandre qui n’hésite pas dès le début de son règne à mettre à mort des auteurs de l’assassinat de son père. Que ces accusations soient justifiées ou non importe peu. Elles révèlent avant tout que les rois de Basse Macédoine constituent un danger réel auquel les rois argéades sont obligés de veiller.
         Même plus tard, la fragilité de l’unité macédonienne est manifeste : il est difficile de connaître les souhaits des populations de Tymphaia, Parauaia et Atintanie qui sont cédées en 295 par Alexandros. En revanche, le ralliement de l’armée macédonienne à Pyrrhos en 288 montre la facilité avec laquelle une armée largement composée par des troupes originaires de Haute Macédoine a pu se rallier à un prince venu du versant occidental du Pinde. En résumé, on doit retenir l’image d’une Macédoine divisée, jusqu’au milieu du IV e siècle, en plusieurs Etats-royaumes, dont celui de Basse Macédoine exerce une certaine autorité sur les autres Etats de Haute Macédoine dont les rois sont souvent fort indépendants. Si Philippe II a fait progresser remarquablement l’unification du royaume, son œuvre reste cependant vulnérable jusqu’au début du IIIe siècle.


B) L’Epire

Au moment où Perdiccas II en Macédoine réunit autour de lui la majeure partie des nobles et des rois de la Basse et Haute Macédoine pour prêter serment dans l’alliance avec Athènes, au moment où Sitalkès rassemble une grande partie des Thraces pour marcher, sous sa conduite, sur la Macédoine voisine, l’Epire paraît une mosaïque d’Etats dont les uns ont un roi et les autres sont appelés abasileutoi (Chaones et Thesprôtes). Molosses et Atintanes semblent très proches, institutionnellement parlant, puisque leurs contingents marchent sous le même chef, Sabylinthos. Ont aussi leur roi les Parauaioi du nom d’Oroedos et les Orestes en la personne d’Antiochos. Sont sans roi les deux ethnè côtiers, Thesprôtes et Chaones. L’abandon de la royauté y est récent : l’autorité appartient en effet à deux magistrats annuels (prostates) mais qui sont choisis dans la famille princière qui fournissait précédemment les rois des Chaones. Ceux-ci ont renoncé à une royauté à vie pour la remplacer par une double magistrature annuelle, mais ils sont restés fidèles à la dynastie, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’une famille large pour pouvoir renouveler chaque année deux magistrats en son sein.
           De tous ces différents Etats, le mieux connu est le royaume molosse fidèle à la dynastie éacide, qui se veut descendante d’Achille.  Le royaume des Eacides s’élargit dès la fin du V e siècle et au cours de la 1ere moitié du IV e siècle. L’habileté de cet état fédéral est d’avoir une grande aptitude à l’accueil de nouveaux membres. Cette faculté d’assimilation rapide a permis un élargissement progressif de ce royaume : au milieu du IV e siècle, les Molosses possèdent, sur le golfe d’Ambracie, une zone côtière de 40 stades. Du côté des Thesprôtes, le grignotage est déjà apparent dans le plus ancien décret des Molosses trouvé à Dodone (370-368) puisqu’il est daté du règne de Néoptolème fils d’Alkétas. La disparition des Thesprôtes dans l’inscription des théarodoques d’Argos confirme bien qu’ils sont  maintenant intégrés dans un Etat plus vaste que dirige la reine Cléopâtre.
      Entre 360 et 330 apparaissent en Epire des modifications de l’organisation politique qui vont dans le sens d’une unification autour de l’Etat molosse qui s’impose comme fédérateur. La carte s’est simplifiée au point que seule la Chaonie reste en dehors du nouvel Etat épirote.
       Cette unification s’est réalisée par absorption des populations voisines de la communauté molosse au sein du Koinon des Molosses. Le roi reste issu de la famille des Eacides et le premier magistrat continue à porter le titre de « prostate des Molosses ». Au temps de Pyrrhos (297-272), l’unification est faite puisqu’il conduit en Italie une armée dans laquelle servent les Chaones aux côtés des autres Epirotes.


Conclusion

Les monarchies éacides et argéades ont nombre de points qui les rapprochent : elles se fondent sur une royauté personnelle, où le roi est relégué avant tout au rôle de chef de guerre dont le rôle  est de mener à bien l’unité de son royaume. Mais ce sont des monarchies qui ont également leur spécificité : que ce soit au niveau de leurs institutions ou de la puissance même du roi-rappelons qu’en Epire la royauté est plus modérée- le fonctionnement propre à ces deux royaume nous rappelle le poids des particularismes locaux et ethniques qui caractérise plus généralement la Grèce du Nord dont l’unité des royaumes qui la compose ne va pas de soi.  Ainsi, lorsque la monarchie fut abolie en Epire (232) et en Macédoine (167), les deux se rangèrent sans hésitation parmi les ethnè grecs.

Vues : 414

Pièces jointes :

Réponses à cette discussion

Synthèse postée + suite des comptes rendus en pièces jointes!

Pièces jointes :

Attention : je ne sais s'il s'agit de coquilles mais à deux reprises (I/a/l.7 et conclusion) vous évoquez des royautés personnelles pour la Grèce du nord. C'est l'inverse. Il s'agit de royautés nationales, d'un "Etat duel" comme l'explique M.B. Hatzopoulos. 

RSS

Supporters

Be Creative ! Make your Difference !

Activité la plus récente

Discussion publiée par Or-Tal Kiriati

Would you join a Mystery Skype Session with me?

Loved this idea by Skype, but couldn't connect to other classrooms on their platform. Was hoping to…Plus
2 janv.
MorenaP. La Torre et CLARISSA M. sont désormais ami(e)s
20 nov. 2016
MorenaP. La Torre a mis à jour son profil
20 nov. 2016
Billet de Jan Theuninck
8 nov. 2016
Laura a mis à jour son profil
5 oct. 2016
Michel Truffer a partagé un profil sur Facebook
21 sept. 2016
Vincenzina Pace a laissé un commentaire pour CARLO SCOCCIA
"Benvenuto!"
29 août 2016
CARLO SCOCCIA est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
29 août 2016
SOLANGE a partagé sa vidéo sur Facebook
13 juin 2016
Vincent Mespoulet a commenté la photo de Vincent Mespoulet
Miniature

PA030342

"Nils et Noah"
17 nov. 2015
Vincent Mespoulet a commenté la photo de Vincent Mespoulet
Miniature

PA030318

"Margaux & Anna R."
17 nov. 2015
Vincent Mespoulet a commenté la photo de Vincent Mespoulet
Miniature

PA030310

"Til-Ann & Yoann"
17 nov. 2015

Badge

Chargement en cours…

© 2017   Créé par Vincent Mespoulet.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation