La question de la formation : qui s'en occupe aujourd'hui ? Qui s'en occupera demain ? / About ICT Training for Teachers : Who is managing it today ? Who will manage it tomorrow ?

La majeure partie de la formation d'un enseignant est faite de pairs à pairs dans les établissements : elle est alors informelle. Ces formations de pairs à pairs sont aussi permises, de manière moins informelle, par les associations dédiées aux Tice ou les associations disciplinaires. Certaines associations proposant même aujourd'hui une offre de formation sous forme de catalogue.

Cependant lorsqu'on parle de formation on ne pense pas forcément à ces pratiques informelles mais à l'offre mise à disposition par l'institution que ce soit par le biais des UIFM et de l'université, du réseau CNDP/CRDP/CDDP, ou du Programme Académique de Formation (PAF) qui profite de l'implication de ces acteurs et de nombreux autres.

Des formations, plus marginales d'un point de vue quantitatif, sont animées par des entreprises privées qui sont soit dédiées à la formation soit désireuses de présenter un produit ou un service pédagogique et animent le plus souvent des stages de courte durée traitant de la manipulation des outils concernés.

La réduction du nombre de fonctionnaires de l'Education Nationale rend la tâche difficile pour les formateurs exerçant dans un cadre institutionnel. Cette difficulté sera croissante dans les années à venir si les enseignants détachés sont plus nombreux à être redéployés dans les classes.

Du fait de la dégradation de l'offre de formation institutionnelle mais également pour d'autres raisons à déterminer, les enseignants ont tendance à limiter leurs demandes ou à se tourner vers d'autres activités de formation. C'est ainsi que les associations sont de plus en plus sollicitées et que se créent sur internet des communautés spontanées dédiées au développement des Tice. Le terrain se trouve également dégagé pour les entreprises privées qui pour certaines se lancent dans la formation d'équipes d'enseignants ou de réseaux entiers couvrant ainsi une bonne partie du territoire national.

Comment accroître les compétences des enseignants en Tice en tenant compte de ces réalités et de ces contraintes ? Quels acteurs doivent en avoir la charge ou la responsabilité ? Comment améliorer les pratiques actuelles ?

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Réponses à cette discussion

Bonjour,

A propos de la formation des enseignants aux Tice, je souhaiterais apporter quelques témoignages précis et en tirer quelques pistes de réflexions:

1. Pour le premier point à propos des offres institutionnelles... J'ai été formateur associé à l'iufm d'Aix pour les Tice entre 1998 et 2000, soit à mi-temps en gardant une charge d'enseignant en collège, soit à plein temps, dans une position assez inconfortable en fait en raison du statut très peu engageant de "formateur associé" (ce qui explique en partie pourquoi j'ai arrêté ma participation...). Surtout, il m'est vite apparu que les formations offertes pour répondre à la demande présentaient un écueil majeur: l'entrée par l'outil, l'entrée technique par la maîtrise du logiciel. Je me suis ainsi retrouvé à assurer des formations déconnectées des usages pédagogiques, qu'il s'agisse de formations basiques à l'époque (Word, internet) ou plus avancées (création de pages/sites web sous dreamweaver/fireworks) qui ne me satisfaisaient pas car déconnectées d'un usage réel. J'estime avoir gaspillé beaucoup d'énergie pour des formations inefficaces. Les seules formations où je me sentais à l'aise étaient celles où le projet pédagogique (les Tice pour quoi faire, avec qui et comment ? / Place des Tice dans la mise en place d'un nouvel enseignement, l'ECJS) primaient sur l'outil et j'en suis arrivé à la conclusion que dans les formations des enseignants le concept pédagogique doit primer sur la technique. Que la formation doit répondre à une demande de formation précise et argumentée, et doit être refusée quand les enseignants ne font pas cet effort de se mettre autour d'une table au préalable pour définir un projet. Depuis cette époque, j'ai la conviction que l'entrée par l'outil revient à mettre la charrue avant les boeufs. Si un élève de 6ème est capable au bout de quelques semaines de produire un exposé vidéo numérique sans formation préalable à l'outil, c'est bien que l'outil ne vaut que par le but qui est poursuivi. Quelques exemples: voici Axelle M., l'année dernière qui produit un exposé numérique sur l'écriture chinoise en histoire et un autre sur le droit des enfants en éducation civique. Voici Milan S. qui nous donne un album commenté de ses photos prises en Tanzanie pour le cours de géographie . Si un élève de 11/12 ans entre si facilement dans l'outil, de lui-même, en parfaite autonomie (ces travaux scolaires non obligatoires sont réalisés sans même l'accompagnement du prof), je pense que des enseignants qui veulent véritablement intégrer les Tice dans leur pédagogie peuvent le faire aussi... Avec une formation pédagogique et non simplement technique aux Tice, surtout depuis l'avénement du web 2.0. Dans ce cadre, le coup de pouce institutionnel consisterait simplement à valoriser le travail supplémentaire et non rémunéré pour les enseignants qui s'engagent dans une réflexion et une pratique sur les usages des Tice dans leur didactique et dans leur pédagogie.

2. Pour le second point, maintenant, en rapport avec avec le rôle des entreprises privées dans la formation/présentation d'un produit ou d'un service... Cette question est éminemment préoccupante en raison des nombreuses dérives liées au fait que l'éducation est devenue un marché très lucratif dans l'économie de la connaissance. Là aussi je peux donner des exemples très précis de gaspillages de moyens et d'argent public qui sont aggravés par la méconnaissance de l'intégration des Tice dans la pédagogie par les personnels d'encadrement locaux (établissements, inspections académiques...) ou par le fait que les décideurs prennent plus compte de l'avis des techniciens, pas des pédagogues... Il y a quelques mois, dans mon propre établissement, un investissement considérable a été réalisé (environ 50 000 Euros, ce qui est énorme dans un collège) pour un labo de langues dont la technologie est déjà... dépassée. Ce n'est pas que le produit soit mauvais, mais son usage est fortement limité, et le rapport de rentabilité de ce matériel est donc faible en regard de l'investissement. Je ne me positionne même pas sur la prise de décision, ni sur le choix réalisé. Ce qui me choque profondément, c'est la façon dont ce choix est réalisé, et qui montre la dangerosité de faire entrer l'entreprise privée dans des appels d'offre si le processus de décision est mal réalisé. Au printemps, quatre entreprises viennent proposer/présenter leurs produits dans mon établissement. Seuls les profs de langues sont invités et la plupart des autres collègues ne sont même pas au courant (car non informé par la direction). Sur les quatre produits, trois sont clairement mauvais, ce qui laisse donc une seule option possible parmi les quatre présentés. A aucun moment, avant le CA (qui s'est tenu le 3 juillet), il n'y a eu un débat de fond de l'ensemble de la communauté enseignante sur l'usage Tice à faire de ces 50 000 Euros... Les discussions visiblement se sont déroulées dans le bureau du chef d'établissement avec deux profs de langues. Les membres du CA n'ont pas eu l'occasion non plus de réfléchir véritablement sur cet investissement lourd et ont donc entériné la décision sans en avoir une connaissance autre que la présentation qui leur a été faite pendant le CA. Donc à la rentrée de septembre, environ 80 % des enseignants ont découvert cet investissement, présenté à l'origine comme n'intéressant que les langues, ce qui ne fait que renforcer encore les cloisonnements disciplinaires... Pourquoi la technologie choisie est périmée ? parce qu'il s'agit d'un labo de langue très très classique où les élèves ne vont interagir qu'avec un DVD alors qu'il serait facile de les mettre en situation de conversation avec des élèves anglais ou américains. Ou même avec des élèves apprenant l'anglais comme eux. Sur l'Ecole Hors les Murs, nous avons mis en place des échanges linguistiques utilisant simplement Skype avec des étudiants de Marquette University (Etats-Unis) qui apprennent le FLE, ou des étudiants chinois de Liuzhou (Guangxi) : : cette situation pédagogique ne coûte... rien ! Et nous développons aussi des cours en ligne, distants avec la meilleure plateforme de e.learning : Elluminate pour un investissement modique. Avec 50 000 Euros, il aurait été possible d'acheter pour l'établissement un gros elluminate, des TNI dans de nombreuses classes. Voilà ce qui est déplorable dans les choix mal préparés... Et A AUCUN MOMENT je n'ai pu présenter ou soumettre ce genre d'alternative pour mon établissement. Je me suis interrogé pour quelle raison cet investissement avait été fait avec tant de précipitation. Et là on tombe sur un aspect sordide. Avant de partir pour exercer sa fonction, l'ancien chef d'établissement a fait le calcul suivant: il n'était pas bon de laisser pour sa carrière personnelle des fonds de réserve aussi importants (70 000 Euros): cela aurait démontré une bien mauvaise gestion, une incapacité à investir pour l'établissement. Alors il lui fallait trouver très rapidement une solution pour dégonfler les fonds de réserve (au passage, il aurait aussi pu se dire qu'il serait plus correct pour l'établissement de laisser ce "trésor de guerre" à son successeur...): l'achat du labo de langues semble donc répondre à cette logique personnelle. Voici un exemple de la façon dont les investissements Tice se réalisent lorsqu'on trouve une conjonction d'intérêt entre une entreprise privée et un enjeu de carrière d'un chef d'établissement... Ne devrait-il pas y avoir des concertations larges auprès des enseignants quand de telles sommes sont en jeu ?

3. Pour la question des associations présentes sur le web pédagogique... On trouve des réseaux disciplinaires (Sesamaths, clionautes, weblettres) ou des réseaux présentant une pédagogie globale dédiée aux Tice comme notre Ecole Hors les Murs, où il s'agit de réfléchir et d'expérimenter des formes d'articulation entre le travail présentiel en classe et un travail distant d'accompagnement et individualisé (l'originalité supplémentaire de notre réseau est de l'avoir placé dès le départ dans une logique résolument multinationale, multilingues et multidisciplinaires). La coformation des enseignants y est intense plus que "spontanée" dans la mesure où nous avons SANS AUCUNE AIDE INSTITUTIONNELLE mis en place des modalités de formation bien supérieures à l'offre existante dans les IUFM car nous opérons des transferts de technologies inusitées en France: nous pouvons à la demande organiser des sessions de formations aux usages pédagogiques de Flash, d'une plate forme de e.learning, d'outils simples adaptés aux enfants comme les Vokis ou les VoiceThreads, ou d'autres éléments du web 2.0. Récemment le Président du Conseil général des Alpes de Haute Provence, Jean-Louis Bianco était dans ma salle de classe au cours d'une tournée des collèges du département pendant la rentrée. Je lui ai exposé le paradoxe suivant: alors qu'à aucun moment notre institution éducation nationale n'a jeté le moindre coup d'oeil à notre réseau éducatif (où sont les chercheurs de l'INRP ?) et alors que nous sommes demandeurs d'un regard extérieur pour nous aider à voir/étudier/évaluer les pratiques pédagogiques de notre réseau éducatif avec du recul, ce sont les pays étrangers qui nous sollicitent: ainsi pendant mes vacances, j'irai à Riga pour former les professeurs lettons à la technologie Ning et à Elluminate... Dans le même temps, des universités et des high schools américaines ou des établissements privés en france nous demandent pour les aider à mettre en place des espaces numériques scolaires... Une équipe de sciences de l'éducation canadienne autour d'Emmanuel Duplaa réalise une petite recherche sur le fonctionnement de l'interaction enseignants/élèves/parents sur notre réseau. Savez-vous ce que m'a valu cette discussion informelle et chaleureuse auprès de M. Le Président du Conseil Général qui était venu nous féliciter pour avoir obtenu le premier prix du meilleur etwinning français: un rapport administratif en bonne et due forme "commandé" par M. L'Inspecteur d'Académie à mon encontre à mon chef d'établissement pour manquement du devoir de réserve dans mon statut de fonctionnaire... Tout cela pour avoir parlé vrai et sans aucune agressivité au propriétaire de l'établissement dans lequel je travaille pour pointer cette absurdité... Est-ce ainsi qu'il convient d'encourager/piloter/rechercher les "bonnes pratiques" de la part des enseignants qui investissent le web 2.0 pour en faire quelque chose d'innovant pédagogiquement ??? Le constat a été fait à Prague en mai dernier par beaucoup d'enseignants européens pendant la conférence etwinning sur la créativité dans l'éducation: la plupart de mes collègues étaient en butte aux mêmes tracasseries, incompréhensions, lourdeurs d'une structure où les verrous hiérarchiques verticaux et multiples viennent profondément freiner ou décourager les initiatives...

4. Il est écrit dans la discussion de la Mission Tice: "Le terrain se trouve également dégagé pour les entreprises privées qui pour certaines se lancent dans la formation d'équipes d'enseignants ou de réseaux entiers couvrant ainsi une bonne partie du territoire national". En quoi une entreprise privée serait elle plus performante que notre structure publique pour former les enseignants ? N'est-ce pas encore tomber dans le miroir aux alouettes de l'entrée par l'outil que de vouloir confier des formations à des personnes dont les compétences techniques ne sont pas adaptées à un milieu éducatif ? Je l'écris, je le répète, seuls des pédagogues et des didacticiens maîtrisant l'outil et connaissant les conditions de travail scolaire des enfants sont à même d'assurer des formations aux autres enseignants.

Ces être hybrides, à la fois pédagogues et utilisateurs avertis des Tice existent au sein de l'éducation nationale. Ils sont peu nombreux mais capables de former d'autres enseignants experts en tice, capables à leur tour de rayonner dans leurs établissements: notre réseau L'Ecole Hors les Murs en est la preuve vivante: un collectif d'enseignants de 80 pays différents qui se nourrissent les uns des autres. Souvent leur enthousiasme est non seulement contagieux, mais en outre plus productif, plus efficace, plus rapide à mettre en place, moins coûteux aussi à court et moyen terme.

Nous avons vu récemment le PDG d'Acadomia dans un entretien au Parisien se plaindre de la "concurrence déloyale" que lui feraient les enseignants qui développent des modalités d'interaction distante avec leurs élèves... C'est un peu le monde à l'envers...


Je demande donc à la Mission Tice de bien réfléchir avant de braquer les enseignants massivement contre les Tice quand ils s'apercevront que le choix de l'entreprise privée pour la formation des enseignants se fait au détriment des structures publiques dans lesquelles ils travaillent et donnent beaucoup de leur temps. Et comment expliquer/justifier auprès de l'opinion publique que la formation continue des enseignants publics est confiée à... des entreprises privées ??? Il est déjà difficile de concevoir que le secteur de l'éducation nationale ne dispose pas d'un système de formation initiale et continue performant. Mais si en plus, la destruction des IUFM sans aucune modalité de remplacement visible autre que cette option de formation privée était choisie, cela provoquera une levée de bouclier plutôt légitime...

CONCLUSION: Au regard de ces considérations, l'option qui semble la plus viable est de créer dans chaque établissement du primaire, du secondaire et du supérieur ce qui existe dans les pays anglo-saxons: des "technology teachers" et des "exchange managers": loin d'être des enseignants de technologie, des informaticiens purs, les technology teachers sont des pédagogues experts en Tice qui pilotent et accompagnent les projets pédagogiques réalisés/proposés par les enseignants qui maîtrisent un concept pédagogique, mais ne savent pas quelle forme Tice lui donner. Jamais un technicien ne pourra remplacer un enseignant pour cela. les "exchange managers" sont compétents pour la mise en place de l'ouverture Tice de leur école/collège/lycée vers les structures paraéducatives ou culturelles locales; vers les échanges pédagogiques linguistiques en ouverture à des établissements européens ou extra-européens.
Ce sont eux qui peuvent prendre en charge la formation de leurs collègues sur place, en fonction du matériel existant. Ils peuvent aussi préconiser et animer les réunions d'équipes pédagogiques présidant aux choix stratégiques d'équipement en fonction du projet d'établissement.
Donc:
1. aider à la mise en place de projets Tice
2. piloter les échanges scolaires distants
3. former les autres enseignants
4. Valider pédagogiquement les propositions d'équipement
5. Produire des ressources pédagogiques à partir des demandes des enseignants

Cela demande une qualification élevée non seulement en Tice, mais aussi en pédagogie, en science de l'éducation, une exigence de qualité, un sens aigu du métier. Cela ne se trouve ni dans le secteur privé, ni dans les diplômes ou les formations universitaires. Il convient donc de profiler ces postes en fonction de ce que des enseignants ont pu montrer ce qu'ils savaient eux même réaliser avec des élèves. Et le salaire doit être à la hauteur de cette exigence de qualité si l'on veut que la France ne rate pas le train et laisse à quai toute une génération de digital natives...

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