
Le wayang est certainement une des manifestations artistiques les plus fascinantes d'Indonésie. A l'origine, avant de devenir un spectacle de "théâtre d'ombre", il s'agissait d'un rituel où l'on évoquait les ancêtres (la base "
yang" désigne tout ce qui appartient au monde paranaturel). Cette évocation a toujours lieu à un moment difficile de la vie familiale ou de celle du groupe (naissance, circoncision, épidémie).
Le dalang, l'officiant qui manipulent les figurines en cuir, opère pendant neuf heures d'affilée et toujours durant la nuit (de 9 heures du soir à 6 heures du matin) pour être en phase avec l'ordre cosmique (minuit représente un moment essentiel où l'équilibre de la nature est remis en question)
1. Les origines du wayang et ses variantes
C'est à une époque très ancienne que le wayang a pris sa forme, à l'époque où l'archipel indonésien connaît l'influence de l'Inde et où de nombreux éléments des mythes indiens sont intégrés à la culture javanaise, avec notamment les nombreux héros des grandes épopées indiennes du
Mahabharata et du
Ramayana.. Le
wayang kulit ("theâtre d'ombres") est attesté dès le Xème-XIème siècle, et il s'est maintenu et même enrichi avec l'islamisation. Certains héros de l'islam ont même été intégrés comme Amir Hamzah, par exemple...
D'autres formes se sont développées: le
wayang kelitik (avec figurines plates, en bois) ; le
wayang golek (avec des marionnettes en ronde-bosse) ; le
wayang wong avec des acteurs en chair et en os).
2. Le dalang
Le dalang est ordinairement accompagné lors de chaque évocation par un orchestre de
gamelan et par quelques chanteuses (
pesindén), mais il est le seul manipulateur et le seul récitant. Il a à sa disposition de 80 à 100 figurines de cuir, qu'il anime successivement contre l'écran et qu'il peut éventuelement fixer dans un tronc de bananier posé horizontalement à la base...

Parmi les figurines en cuir, les personnages positifs (
halus) sont placés à la droite du dalang, et les personnages négatifs (
kasar: les démons et les ogres); sont placés à sa gauche.

3. Le kayon
Le dalang se sert aussi d'un objet très spécial, le
kayon (sur la base kayu = "arbre") ou encore
gunungan (sur la base gunung = "montagne"). Il s'agit d'une figurine en cuir de forme rectangulaire à la base, mais se terminant en pointe, un peu à la façon d'une feuille de peuplier...

... Au centre est figurée la porte fermée d'un palais, gardée par deux géants ; le reste représente le feuillage touffu d'une forêt. Le dalang s'en sert pour ponctuer certains épisodes. Planté au centre de l'écran, le kayon symbolise l'absence d'action. Légèrement incliné sur la droite de l'écran, il indique que l'histoire est en cours. Il sert enfin à évoquer la forêt, de même que l'incendie (le revers de la silhouette est peint en rouge à cet effet).
On a beaucoup discuté sur l'origine et la signification de cet accessoire qui apparaît comme très ancien. Est-ce la montagne cosmique, axe du monde ? La porte est-elle une représentation de la "maison des hommes" où avaient lieu autrefois les initiations ?. Il s'agit en tout cas sans doute de l'"arbre de vie" qui est présent dans plusieurs mythologies de l'archipel.
(à suivre)
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