Sweet, Sweet Liberia - Le jour de Noël 1989 (épisode 1)

Avec les élèves de 5ème, dans le cadre de la leçon de géographie consacrée à l'étude générale du continent africain, j'ai souhaité les sensibiliser au génocide rwandais. Ma première surprise a été de constater qu'aucun élève n'avait connaissance de l'événement. Ce n'est en fait qu'une demi-surprise, car la question du génocide en Afrique est aujourd'hui complètement évacuée des manuels scolaires... C'est à dire que les éditeurs scolaires ont adopté le timing de l'actualité imposée par les médias: un conflit chasse l'autre. Conflits interchangeables qui font l'objet d'une attention limitée dans le temps. Conflits qui donnent de l'Afrique une vision faussée par la multitude d'images de massacres qui finissent par se banaliser. J'ai des raisons personnelles de m'intéresser d'aussi près à l'Afrique. J'ai débuté ma carrière d'enseignant au Libéria, petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest à l'histoire singulière. J'enseignais le Français Langue Etrangère à des étudiants anglophones qui se destinaient à devenir professeur de français. J'avais alors 25 ans et on peut dire que l'expérience que j'ai vécue là bas a profondément transformé mon existence. Trois mois après mon arrivée, le soir de Noël 1989, a débuté ce qui allait devenir une guerre civile atroce de 14 années. Une guerre civile qui s'est exportée vers les pays voisins, la Sierra Leone, puis la Côte d'Ivoire.

Cette nuit de Noël 1989, je faisais la fête dans le seul grand hôtel de la capitale, Monrovia. On y trouvait l'habituel mélange des genres qui rend ce type de lieu assez improbable. Des expatriés blancs très alcoolisés, essentiellement des forestiers anglo-saxons, du personnel d'ambassade insignifiant, des Libanais discrets qui tenaient le commerce et le trafic de diamants, des membres corrompus de la classe dirigeante au pouvoir qui alignaient des liasses de billets impressionnantes sur les tables de black-jack au casino de l'hôtel, des prostituées innombrables qui offraient leurs services. J'étais moi-même passablement imbibé losque j'ai senti avec brutalité un changement d'atmosphère très net s'abattre sur cette drôle d'assemblée dans le vacarme de la discothèque de l'hôtel. A l'époque, le gros tube était "Pump Up the Jam" du groupe Technotronic. Je ne suis pas assez spécialiste de ce genre de musique pour savoir s'il s'agit de dance ou de house. L'important pour moi était alors d'être dans les bras de ma petite amie du moment. Tout a coup, j'ai eu la sensation que la voix des fêtards couvrait la musique, pourtant à plein volume. Des groupes se formaient et se mettaient à parler gravement, des personnes partaient précipitamment, et les prostituées disparurent en un clin d'oeil. Quelque chose de grave venait de se passer. Pour la première fois, je captais alors ce qui allait devenir la phrase favorite des habitants de Monrovia pendant plusieurs mois: "Rebells in town, rebells in town..."

(A suivre)

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