Raymond Queneau (1903-1976) - Exercices de style (1947) / Exercises in Style / Esercizi di Stile / Stilövningar - Printemps des Poètes 2009


Raymond Queneau

Exercices de style


Notations.

Dans l'S, à une heure d'affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s'irrite contre un voisin. Il
lui reproche de le bousculer chaque fois qu'il passe quelqu'un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.

Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint- Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit : "tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus."; il lui montre où (à l'échancrure)
et pourquoi.


En partie double.

Vers le milieu de la journée et à midi, je me trouvai et montai sur la plate-forme et la terrasse arrière d'un autobus et d'un véhicule des transports en commun bondé et quasiment complet de la ligne S et qui va de la Contrescarpe à
Champerret. Je vis et remarquai un jeune homme et un vieil adolescent assez ridicule et pas mal grotesque : cou maigre et tuyau décharné, ficelle et cordelière autour du chapeau et couvre-chef. Après une bousculade et confusion, il dit et profère d'une voix et d'un ton larmoyants et pleurnichards que son voisin et covoyageur fait exprès et s'efforce de le pousser et de l'importuner chaque fois qu'on descend et sort. Ceci déclaré et après avoir ouvert la bouche, il se précipite et se dirige vers une place et un siège vides et libres.

Deux heures après et cent vingt minutes plus tard, je le rencontre et le revois cour de Rome et devant la gare Saint-Lazare. Il est et se trouve avec un ami et copain qui lui conseille de et l'incite à faire ajouter et coudre un bouton et
un rond de corozo à son pardessus et manteau.


Litotes.

Nous étions quelques-uns à nous déplacer de conserve. Un jeune homme, qui n'avait pas l'air très intelligent, parla quelques instants avec un monsieur qui se trouvait à côté de lui, puis il alla s'asseoir. Deux heures plus tard, je le
rencontrai de nouveau ; il était en compagnie d'un camarade et parlait chiffons.


Métaphoriquement.

Au centre du jour, jeté dans le tas des sardines voyageuses d'un coléoptère à grosse carapace blanche, un poulet au grand cou déplumé harangua soudain l'une, paisible, d'entre elles et son langage se déploya dans les airs, humide d'une protestation. Puis attiré par un vide, l'oisillon s'y précipita.

Dans un morne désert urbain, je le revis le jour même se faisant moucher l'arrogance pour un quelconque bouton.


Rétrograde.

Tu devrais ajouter un bouton à ton pardessus, lui dit son ami. Je le rencontrai au milieu de la cour de Rome, après l'avoir quitté se précipitant avec avidité vers une place assise. Il venait de protester contre la poussée d'un autre
voyageur, qui, disait-il, le bousculait chaque fois qu'il descendait quelqu'un.
Ce jeune homme décharné était porteur d'un chapeau ridicule. Cela se passa sur la plate-forme d'un S complet ce midi-là.


Surprises.

Ce que nous étions serrés sur cette plate-forme d'autobus ! Et ce que ce garçon pouvait avoir l'air bête et ridicule ! Et que fait-il ? Ne le voilà-t-il pas qui se met à vouloir se quereller avec un bonhomme qui - prétendait-il ! ce
damoiseau ! - le bousculait ! Et ensuite il ne trouve rien de mieux à faire que d'aller vite occuper une place laissée libre ! Au lieu de la laisser à une dame !

Deux heures après, devinez qui je rencontre devant la gare Saint-Lazare ? Le même godelureau ! En train de se faire donner des conseils vestimentaires ! Par un camarade !

À ne pas croire !


Rêve.

Il me semblait que tout fût brumeux et nacré autour de moi, avec des présences multiples et indistinctes, parmi lesquelles cependant se dessinait assez nettement la seule figure d'un homme jeune dont le cou trop long semblait
annoncer déjà par lui-même le caractère à la fois lâche et rouspéteur du personnage. Le ruban de son chapeau était remplacé par une ficelle tressée. Il se disputait ensuite avec un individu que je ne voyais pas, puis, comme pris de peur, il se jetait dans l'ombre d'un couloir.

Une autre partie du rêve me le montre marchant en plein soleil devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un compagnon qui lui dit : «tu devrais faire ajouter un bouton à ton pardessus.»

Là-dessus, je m'éveillai.


Pronostication.

Lorsque viendra midi, tu te trouveras sur la plate-forme arrière d'un autobus où s'entasseront des voyageurs parmi lesquels tu remarqueras un ridicule jouvenceau: cou squelettique et point de ruban au feutre mou. Il ne se trouvera pas bien, ce petit. Il pensera qu'un monsieur le pousse exprès, chaque fois qu'il passe des gens qui montent ou descendent. Il le lui dira, mais l'autre ne répondra pas, méprisant. Et le ridicule jouvenceau, pris de panique, lui filera sous le nez, vers une place libre.

Tu le reverras un peu plus tard, cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare. Un ami l'accompagnera, et tu entendras ces paroles : «ton pardessus ne croise pas bien ; il faut que tu y fasses ajouter un bouton.»


Synchyses.

Ridicule jeune homme, que je me trouvai un jour sur un autobus de la ligne S bondé par traction peut-être cou allongé, au chapeau la cordelière, je remarquai un. Arrogant et larmoyant d'un ton, qui se trouve à côté de lui, contre ce monsieur, proteste-t-il. Car il le pousserait, fois chaque que des gens il descend. Libre il s'assoit et se précipite vers une place, ceci dit. Rome (Cour de) je le rencontre plus tard deux heures à son pardessus un bouton d'ajouter un ami lui conseille.


L'arc-en-ciel.

Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d'un autobus violet. Il y avait là un jeune homme assez ridicule : cou indigo, cordelière au chapeau. Tout d'un coup, il proteste contre un monsieur bleu. Il lui reproche notamment, d'une voix
verte, de le bousculer chaque fois qu'il descend des gens. Ceci dit, il se précipite, vers une place jaune, pour s'y asseoir.

Deux heures plus tard, je le rencontre devant une gare orangée. Il est avec un ami qui lui conseille de faire ajouter un bouton à son pardessus rouge.


Logo-rallye.

(Dot, baïonnette, ennemi, chapelle, atmosphère, Bastille, correspondance.)

Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d'un autobus qui devait sans doute faire partie de la dot de la fille de M. Mariage, qui présida aux destinées de la T. C. R. P. Il y avait là un jeune homme assez ridicule, non parce qu'il ne
portait pas de baïonnette, mais parce qu'il avait l'air d'en porter une tout en n'en portant pas. Tout d'un coup ce jeune homme s'attaque à son ennemi : un monsieur placé derrière lui. Il l'accuse notamment de ne pas se comporter aussi poliment que dans une chapelle. Ayant ainsi tendu l'atmosphère, le foutriquet va s'asseoir.

Deux heures plus tard, je le rencontre à deux ou trois kilomètres de la bastille avec un camarade qui lui conseillait de faire ajouter un bouton à son pardessus, avis qu'il aurait très bien pu lui donner par correspondance.


Hésitations.

Je ne sais pas très bien où ça se passait… dans une église, une poubelle, un charnier ? Un autobus peut-être ? Il y avait là… mais qu'est-ce qu'il y avait donc là ? Des œufs, des tapis, des radis ? Des squelettes ? Oui, mais avec
encore leur chair autour, et vivants. Je crois bien que c'est ça. Des gens dans un autobus. Mais il y en avait un (ou deux ?) qui se faisait remarquer, je ne sais plus très bien par quoi. Par sa mégalomanie ? Par son adiposité ? Par sa
mélancolie ? Mieux… plus exactement… par sa jeunesse ornée d'un long… nez ? menton ? pouce ? non : cou, et d'un chapeau étrange, étrange, étrange. Il se prit de querelle, oui c'est ça, avec sans doute un autre voyageur (homme ou femme ? enfant ou vieillard ?) Cela se termina, cela finit bien par se terminer d'une façon quelconque, probablement par la fuite de l'un des deux adversaires.

Je crois bien que c'est le même personnage que je rencontrai, mais où ? Devant une église ? devant un charnier ? devant une poubelle ? Avec un camarade qui devait lui parler de quelque chose, mais de quoi ? de quoi ? de quoi ?


Précisions.


Dans un autobus de la ligne S, long de 10 mètres, large de 2,1, haut de 3,5, à 3 km. 600 de son point de départ, alors qu'il était chargé de 48 personnes, à 12 h. 17, un individu de sexe masculin, âgé de 27 ans 3 mois 8 jours, taille de 1 m72 et pesant 65 kg et portant sur la tête un chapeau haut de 17 centimètres dont la calotte était entourée d'un ruban long de 35 centimètres, interpelle un homme âgé de 48 ans 4 mois 3 jours et de taille 1 m 68 et pesant 77 kg., au moyen de 14 mots dont l'énonciation dura 5 secondes et qui faisaient allusion à des
déplacements involontaires de 15 à 20 millimètres. Il va ensuite s'asseoir à quelque 2 m. 10 de là.

118 minutes plus tard il se trouvait à 10 mètres de la gare Saint-Lazare, entrée banlieue, et se promenait de long en large sur un trajet de 30 mètres avec un camarade âgé de 28 ans,taille 1 m. 70 et pesant 71 kg. qui lui conseilla en 15 mots de déplacer de 5 centimètres, dans la direction du zénith, un bouton de 3 centimètres de diamètre.


Le côté subjectif.

Je n'étais pas mécontent de ma vêture, ce jourd'hui. J'inaugurai un nouveau chapeau, assez coquin, et un pardessus dont je pensai grand bien. Rencontré X devant la gare Saint-Lazare qui essaye de gâcher mon plaisir en essayant de me démontrer que ce pardessus est trop échancré et que j'y devrais rajouter un bouton supplémentaire. Il n'a tout de même pas osé s'attaquer à mon couvre-chef.

Un peu auparavant, rembarré de belle façon une sorte de goujat qui faisait exprès de me brutaliser chaque fois qu'il passait du monde, à la descente ou à la montée. Cela se passait dans un de ces immondes autobi qui s'emplissent de populus précisément aux heures où je dois consentir à les utiliser.


Autre subjectivité.

Il y avait aujourd'hui dans l'autobus à côté de moi, sur la plate-forme, un de ces morveux comme on n'en fait guère, heureusement, sans ça je finirais par en tuer un. Celui-là, un gamin dans les vingt-six, trente ans, m'irritait tout spécialement non pas tant à cause de son grand cou de dindon déplumé que par la nature du ruban de son chapeau, ruban réduit à une sorte de ficelle de teinte aubergine. Ah ! le salaud ! Ce qu'il me dégoütait ! comme il y avait beaucoup de monde dans notre autobus à cette heure-là, je profitais des bousculades qui ont
lieu à la montée ou à la descente pour lui enfoncer mon coude entre les côtelettes. Il finit par s'esbigner lâchement avant que je me décide à lui marcher un peu sur les arpions pour lui faire les pieds. Je lui aurais dit
aussi, afin de le vexer, qu'il manquait un bouton à son pardessus trop échancré.


Récit.

Un jour vers midi du côté du parc Monceau, sur la plate-forme arrière d'un autobus à peu près complet de la ligne S (aujourd'hui 84), j'aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d'un galon tressé
au lieu de ruban. Cet individu interpella tout à coup son voisin en prétendant que celui-ci faisait exprès de lui marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs. Il abandonna d'ailleurs rapidement la
discussion pour se jeter sur une place devenue libre.

Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur
compétent.


Composition de mots.

Je plate-d'autobus-formais co-foultitudinairement dans un espace-temps lutécio-méridiennal et voisinais avec un longicol tresseautourduchapeauté morveux. Lequel dit à un quelconquanonyme : « Vous me bousculapparaissez. » Cela éjaculé, se placelibra voracement. Dans une spatiotemporalité postérieure, je le revis qui placesaintlazarait avec un X qui lui disait : tu devrais boutonsupplémenter ton pardessus. Et il pourquexpliquait la chose.


Négativités.

Ce n'était ni un bateau, ni un avion, mais un moyen de transports terrestre. Ce n'était ni le matin, ni le soir, mais midi. Ce n'était ni un bébé, ni un vieillard, mais un homme jeune. Ce n'était ni un ruban, ni une ficelle, mais du
galon tressé. Ce n'était ni une procession, ni une bagarre, mais une bousculade. Ce n'était ni un aimable, ni un méchant, mais un rageur. Ce n'était ni une vérité, ni un mensonge, mais un prétexte. Ce n'était ni un debout, ni un gisant, mais un voulant-être assis.

Ce n'était ni la veille, ni le lendemain, mais le jour même. Ce n'était ni la gare du nord, ni la gare du p.-l.-m. mais la gare Saint-Lazare. ce n'était ni un parent, ni un inconnu, mais un ami. Ce n'était ni une injure, ni une moquerie,
mais un conseil vestimentaire.


Animisme.

Un chapeau mou, brun, fendu, les bords baissés, la forme entourée d'une tresse de galon, un chapeau se tenait parmi les autres, tressautant seulement des inégalités du sol transmises par les roues du véhicule automobile qui le
transportait, lui le chapeau. à chaque arrêt, les allées et venues des voyageurs lui donnaient des mouvements latéraux parfois assez prononcés, ce qui finit par le fâcher, lui le chapeau. Il exprima son ire par l'intermédiaire d'une voix humaine à lui rattachée par une masse de chair structuralement disposée autour d'une quasi-sphère osseuse perforée de quelques trous qui se trouvait sous lui, lui le chapeau. Puis il alla soudain s'asseoir, lui le chapeau.

Une ou deux heures plus tard je le revis se déplaçant à quelque un mètre soixante-six au-dessus du sol et de long en large devant la gare Saint-Lazare, lui le chapeau. Un ami lui conseillait de faire ajouter un bouton supplémentaire
à son pardessus… un bouton supplémentaire… à son pardessus… lui dire ça… à lui… lui le chapeau…


Anagrammes.


Distinguo.

Dans un autobus (qu'il ne faut pas prendre pour un autre obus), je vis (et pas avec mon vit) un personnage (qui ne perd son âge) coiffé d'un feutre mou bleu (et non de foutre blême), feutre cerné d'un fil tressé (et non de tril fessé).
Il disposait (et non dix posait) d'un long cou (et pas d'un loup con). Comme la foule se bousculait (non que la boule se fousculât), un nouveau voyageur (non veau nouillageur) déplaça le susdit (et non suça ledit plat). Cestuy râla (et
non cette huître hala), mais voyant une place libre (et non ployant une vache ivre) s'y précipita (et non si près s'y piqua).

Plus tard je l'aperçus (non pas gel à peine su) devant la gare Saint-Lazare (et non là ou l'hagard ceint le hasard) qui parlait avec un copain (il n'écopait pas d'un pralin) au sujet d'un bouton de son manteau (qu'il ne faut pas confondre avec le bout haut de son menton).


Homéotéleutes.


Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe minuscule, à la mandibule en virgule et au capitule ridicule. Un somnambule l'accule et l'annule, l'autre articule : "crapule", mais dissimule ses scrupules, recule, capitule et va poser ailleurs son cul.

Une hule aprule, devant la gule Saint-Lazule je l'aperçule qui discule à propos de boutules, de boutules de pardessule.


Lettre officielle.

J'ai l'honneur de vous informer des faits suivants dont j'ai pu être le témoin aussi impartial qu'horrifié.

Ce jour même, aux environs de midi, je me trouvais sur la plate-forme d'un autobus qui remontait la rue de Courcelles en direction de la place Champerret. Ledit autobus était complet, plus que complet même, oserai-je dire, car le receveur avait pris en surcharge plusieurs impétrants, sans raison valable et mû par une bonté d'âme exagérée qui le faisait passer outre aux règlements et qui, par suite, frisait l'indulgence. à chaque arrêt, les allées et venues des voyageurs descendants et montants ne manquaient pas de provoquer une certaine bousculade qui incita l'un de ces voyageurs à protester, mais non sans timidité. Je dois dire qu'il alla s'asseoir dès que la chose fut possible.

J'ajouterai à ce bref récit cet addendum : j'eus l'occasion d'apercevoir ce voyageur quelque temps après en compagnie d'un personnage que je n'ai pu identifier. La conversation qu'ils échangeaient avec animation semblait avoir trait à des questions de nature esthétique.

Étant données ces conditions, je vous prie de vouloir bien, monsieur, m'indiquer les conséquences que je dois tirer de ces faits et l'attitude qu'ensuite il vous semblera bon que je prenne dans la conduite de ma vie subséquente.

Dans l'attente de votre réponse, je vous assure, monsieur, de ma parfaite considération empressée au moins.


Prière d'insérer.

Dans son nouveau roman, traité avec le brio qui lui est propre, le célèbre romancier X, à qui nous devons déjà tant de chefs-d'oeuvre, s'est appliqué à ne mettre en scène que des personnages bien dessinés et agissant dans une
atmosphère compréhensible par tous, grands et petits. L'intrigue tourne donc autour de la rencontre dans un autobus du héros de cette histoire et d'un personnage assez énigmatique qui se querelle avec le premier venu. Dans l'épisode final, on voit ce mystérieux individu écoutant avec la plus grande attention les conseils d'un ami, maître ès dandysme. Le tout donne une impression charmante que le romancier X a burinée avec un rare bonheur.


Onomatopées.

Sur la plate-forme, pla pla pla, dun autobus, teuff teuff teuff, de la ligne S (pour qui sont ces serpents qui sifflent sur), il était environ midi, ding din don, ding din don, un ridicule éphèbe, prout prout, qui avait un de ces couvre-
chefs, phui, se tourna (virevolte, virevolte) soudain vers son voisin d'un air de colère, rreuh, rreuh, et lui dit, hm hm : «vous faites exprès de me bousculer, monsieur.» Et toc. Là-dessus, vroutt, il se jette sur une place libre
et s'y assoit, boum.

Ce même jour, un peu plus tard, ding din don, ding din don, je le revis en compagnie d'un autre éphèbe, prout prout, qui lui causait bouton de pardessus (brr, brr, brr, il ne faisait donc pas si chaud que ça…).

Et toc.


Analyse logique.

Autobus.

Plate-forme.

Plate-forme d'autobus. C'est le lieu.

Midi.

Environ.

Environ midi. C'est le temps.

Voyageurs.

Querelle.

Une querelle de voyageurs. C'est l'action.

Homme jeune.

Chapeau. Long cou maigre.

Un jeune homme avec un chapeau et un galon tressé autour. C'est le personnage principal.

Quidam.

Un quidam.

Un quidam. C'est le personnage second.

Moi.

Moi.

Moi. C'est le tiers personnage, narrateur.

Mots.

Mots.

Mots. C'est ce qui fut dit.

Place libre.

Place occupée.

Une place libre ensuite occupée. C'est le résultat.

La gare Saint-Lazare.

Une heure plus tard.

Un ami.

Un bouton.

Autre phrase entendue. C'est la conclusion.

Conclusion logique.


Insistance.

Un jour, vers midi, je montai dans un autobus presque complet de la ligne s. Dans un autobus presque complet de la ligne S, il y avait un jeune homme assez ridicule. Je montais dans le même autobus que lui, et ce jeune homme, monté avant moi dans ce même autobus de la ligne S, presque complet, vers midi, portait sur la tête un chapeau que je trouvai bien ridicule, moi qui me trouvais dans le même autobus que lui, sur la ligne S, un jour, vers midi.

Ce chapeau était entouré d'une sorte de galon tressé comme celui d'une fourragère, et le jeune homme qui le portait, ce chapeau - et ce galon - se trouvait dans le même autobus que moi, un autobus presque complet parce qu'il était midi ; et sous ce chapeau, dont le galon imitait une fourragère, s'allongeait un visage suivi d'un long cou, d'un long, long cou. Ah ! qu'il était long le cou de ce jeune homme qui portait un chapeau entouré d'une
fourragère, sur un autobus de la ligne S, un jour vers midi.

La bousculade était grande dans l'autobus qui nous transportait vers le terminus de la ligne S, un jour vers midi, moi et ce jeune homme qui plaçait un long cou sous un chapeau ridicule. Des heurts qui se produisaient résulta soudain une protestation, protestation qui émana de ce jeune homme qui avait un si long cou sur la plate-forme d'un autobus de la ligne S, un jour vers midi.

Il y eut une accusation formulée d'une voix mouillée de dignité blessée, parce que sur la plate-forme d'un autobus S, un jeune homme avait un chapeau muni d'une fourragère tout autour, et un long cou ; il y eut aussi une place vide tout à coup dans cet autobus de la ligne S presque complet parce qu'il était midi, place qu'occupa bientôt le jeune homme au long cou et au chapeau ridicule, place qu'il convoitait parce qu'il ne voulait plus se faire bousculer sur cette plate-forme d'autobus, un jour, vers midi.

Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare, ce jeune homme que j'avais remarqué sur la plate-forme d'un autobus de la ligne S, ce jour même, vers midi. Il était avec un compagnon de son acabit qui lui donnait un conseil relatif à certain bouton de son pardessus. L'autre l'écoutait attentivement. L'autre, c'est ce jeune homme qui avait une fourragère autour de son chapeau, et que je vis sur la plate-forme d'un autobus de la ligne S,
presque complet, un jour, vers midi.


Ignorance.

Moi, je ne sais pas ce qu'on me veut. Oui, j'ai pris l'S vers midi. Il y avait du monde ? Bien sür, à cette heure-là. Un jeune homme avec un chapeau mou ? C'est bien possible. Moi, je n'examine pas les gens sous le nez. Je m'en fous. Une espèce de galon tressé ? Autour du chapeau ? Je veux bien que ça soit une curiosité, mais moi, ça ne me frappe pas autrement. Un galon tressé… Il s'aurait querellé avec un autre monsieur ? C'est des choses qu'arrivent.

Et ensuite je l'aurais de nouveau revu une heure ou deux plus tard ? Pourquoi pas ? Il y a des choses encore plus curieuses dans la vie. Ainsi, je me souviens que mon père me racontait souvent que…


Passé indéfini.

Je suis monté dans l'autobus de la porte Champerret. Il y avait beaucoup de monde, des jeunes, des vieux, des femmes, des militaires. J'ai payé ma place et puis j'ai regardé autour de moi. Ce n'était pas très intéressant. J'ai quand même fini par remarquer un jeune homme dont j'ai trouvé le cou trop long. J'ai examiné son chapeau et je me suis aperçu qu'au lieu d'un ruban il y avait un galon tressé. Chaque fois qu'un nouveau voyageur montait, ça faisait de la bousculade. Je n'ai rien dit, mais le jeune homme au long cou a tout de même interpellé son voisin. Je n'ai pas entendu ce qu'il lui a dit, mais ils se sont regardés d'un sale oeil. Alors, le jeune homme au long cou est allé s'asseoir précipitamment.

En revenant de la porte Champerret, je suis passé devant la gare Saint-Lazare. J'ai vu mon type qui discutait avec un copain. Celui-ci a désigné du doigt un bouton juste au-dessus de l'échancrure du pardessus. Puis l'autobus m'a emmené et je ne les ai plus vus. J'étais assis et je n'ai pensé à rien.


Présent.

à midi, la chaleur s'étale autour des pieds des voyageurs d'autobus. Que, placée sur un long cou, une tête stupide ornée d'un chapeau grotesque vienne à s'enflammer, aussitôt pète la querelle. Pour foirer bien vite d'ailleurs, en une
atmosphère lourde pour porter encore trop vivantes de bouche à oreille des injures définitives. Alors, on va s'asseoir à l'intérieur, au frais.

Plus tard peuvent se poser, devant des gares aux cours doubles, des questions vestimentaires, à propos de quelque bouton que des doigts gras de sueur tripotent avec assurance.


Passé simple.

Ce fut midi. Les voyageurs montèrent dans l'autobus. On fut serré. Un jeune monsieur porta sur sa tête un chapeau entouré d'une tresse, non d'un ruban. Il eut un long cou. Il se plaignit auprès de son voisin des bousculades que celui- ci lui infligea. Dès qu'il aperçut une place libre, il se précipita vers elle et s'y assit.

Je l'aperçus plus tard devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtit d'un pardessus et un camarade qui se trouva là lui fit cette remarque : il fallut mettre un bouton supplémentaire.


Imparfait.

C'était midi. Les voyageurs montaient dans l'autobus. On était serré. Un jeune monsieur portait sur sa tête un chapeau qui était entouré d'une tresse et non d'un ruban. Il avait un long cou. Il se plaignait auprès de son voisin des bousculades que ce dernier lui infligeait. Dès qu'il apercevait une place libre, il se précipitait vers elle et s'y asseyait.

Je l'apercevais plus tard, devant la gare Saint-Lazare. Il se vêtait d'un pardessus et un camarade qui se trouvait là lui faisait cette remarque : il fallait mettre un bouton supplémentaire.


Alexandrins.

Un jour dans l'autobus qui porte la lettre S

Je vis un foutriquet de je ne sais quelle es-

Pèce qui râlait bien qu'autour de son turban

Il y eût de la tresse en place de ruban.

Il râlait ce jeune homme à l'allure insipide,

Au col démesuré, à l'haleine putride,

Parce qu'un citoyen qui paraissait majeur

Le heurtait, disait-il, si quelque voyageur

Se hissait haletant et poursuivi par l'heure

Espérant déjeuner en sa chaste demeure.

Il n'y eut point d'esclandre et le triste quidam

Courut vers une place et s'assit sottement.

Comme je retournais direction rive gauche

De nouveau j'aperçus ce personnage moche

Accompagné d'un zèbre, imbécile dandy,

Qui disait : «ce bouton faut pas le mettre icy.»


Polyptotes.

Je montai dans un autobus plein de contribuables qui donnaient des sous à un contribuable qui avait sur son ventre de contribuable une petite boîte qui contribuait à permettre aux autres contribuables de continuer leur trajet de contribuables. Je remarquai dans cet autobus un contribuable au long cou de contribuable et dont la tête de contribuable supportait un chapeau mou de contribuable ceint d'une tresse comme jamais n'en porta contribuable. Soudain le dit contribuable interpelle un contribuable de voisin en lui reprochant amèrement de lui marcher exprès sur ses pieds de contribuable chaque fois que d'autres contribuables montaient ou descendaient de l'autobus pour
contribuables. Puis le contribuable irrité alla s'asseoir à la place pour contribuable que venait de laisser libre un autre contribuable. Quelques heures de contribuable plus tard, je l'aperçus dans la cour pour contribuables de Rome, en compagnie d'un contribuable qui lui donnait des conseils d'élégance de contribuable.


Moi je.

Moi je comprends ça : un type qui s'acharne à vous marcher sur les pinglots, ça vous fout en rogne. Mais après avoir protesté aller s'asseoir comme un péteux, moi, je comprends pas ça. Moi j'ai vu ça l'autre jour sur la plate-forme arrièred'un autobus S. Moi je lui trouvais le cou un peu long à ce jeune homme et aussibien rigolote cette espèce de tresse qu'il avait autour de son chapeau. Moi jamais j'oserais me promener avec un couvre-chef pareil. Mais c'est comme je vous le dis, après avoir gueulé contre un autre voyageur qui lui marchait sur
les pieds, ce type est allé s'asseoir sans plus. Moi, je lui aurais foutu une baffe à ce salaud qui m'aurait marché sur les pieds.

Il y a des choses curieuses dans la vie, moi je vous le dis, il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. Deux heures plus tard, moi je rencontre de nouveau ce garçon. Moi, je l'aperçois devant la gare Saint-Lazare. Moi, je le vois en compagnie d'un copain de sa sorte qui lui disait, moi je l'ai entendu : «tu devrais remonter ce bouton-là.» Moi, je l'ai bien vu, il désignait le bouton supérieur.


Exclamations.

Tiens ! Midi ! temps de prendre l'autobus ! que de monde ! que de monde ! ce qu'on est serré ! marrant ! ce gars-là ! quelle trombine ! et quel cou ! soixante-quinze centimètres ! au moins ! et le galon ! le galon ! je n'avais pas vu ! le galon ! c'est le plus marant ! ça ! le galon ! autour de son chapeau ! Un galon ! marrant ! absolument marrant ! ça y est le voilà qui râle ! le type au galon ! contre un voisin ! qu'est-ce qu'il lui raconte ! l'autre ! lui aurait marché sur les pieds ! ils vont se fiche des gifles ! pour sür ! mais non ! mais si ! va h y ! va h y ! mords y l'œil ! fonce ! cogne ! mince alors ! mais non ! il se dégonfle ! le type ! au long cou ! au galon ! c'est sur une place vide qu'il fonce ! oui ! le gars ! eh bien ! vrai ! non ! je ne me trompe pas ! c'est bien lui ! là-bas ! dans la Cour de Rome ! devant la gare Saint-Lazare ! qui se balade en long et en large ! avec un autre type ! et qu'est-ce que l'autre lui raconte ! qu'il devrait ajouter un bouton ! oui ! un bouton à son pardessus ! À son pardessus !


Alors.

Alors l'autobus est arrivé. Alors j'ai monté dedans. Alors j'ai vu un citoyen qui m'a saisi l'œil. Alors j'ai vu son long cou et j'ai vu la tresse qu'il y avait autour de son chapeau. Alors il s'est mis à pester contre son voisin qui
lui marchait alors sur les pieds. Alors, il est allé s'asseoir.

Alors, plus tard, je l'ai revu Cour de Rome. Alors il était avec un copain. Alors, il lui disait, le copain : tu devrais faire mettre un autre bouton à ton pardessus. Alors.


Ampoulé.

À l'heure où commencent à se gercer les doigts roses de l'aurore, je montai tel un dard rapide dans un autobus à la puissante stature et aux yeux de vache de la ligne S au trajet sinueux. Je remarquai, avec la précision et l'acuité de
l'Indien sur le sentier de la guerre, la présence d'un jeune homme dont le col était plus long que celui de la girafe au pied rapide, et dont le chapeau de feutre mou fendu s'ornait d'une tresse, tel le héros d'un exercice de style. La
funeste Discorde aux seins de suie vint de sa bouche empestée par un néant de dentifrice, la Discorde, dis-je, vint souffler son virus malin entre ce jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau, et un voyageur à la
mine indécise et farineuse. Celui-là s'adressa en ces termes à celui-ci : «Dites-donc, vous, on dirait que vous le faites exprès de me marcher sur les pieds !» Ayant dit ces mots, le jeune homme au col de girafe et à la tresse
autour du chapeau s'alla vite asseoir.

Plus tard, dans la Cour de Rome aux majestueuses proportions, j'aperçus de nouveau le jeune homme au cou de girafe et à la tresse autour du chapeau, accompagné d'un camarade arbitre des élégances qui proférait cette critique que je pus entendre de mon oreille agile, critique adressée au vêtement le plus extérieur du jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau : «tu devrais en diminuer l'échancrure par l'addition ou l'exhaussement d'un bouton à la périphérie circulaire.»


Vulgaire.

L'était un peu plus dmidi quand j'ai pu monter dans l'esse. Jmonte donc, jpaye ma place comme de bien entendu et voilàtipas qu'alors jremarque un zozo l'air pied, avec un cou qu'on aurait dit un télescope et une sorte de ficelle autour du galurin. Je lregarde passque jlui trouve l'air pied quand le voilàtipas qu'ismet à interpeller son voisin. Dites-donc, qu'il lui fait, vous pourriez pas faire attention, qu'il ajoute, on dirait, qu'il pleurniche, quvous lfaites
essprais, qu'i bafouille, deummarcher toutltemps sullé panards, qu'i dit. Là- dsus, tout fier de lui, i va s'asseoir. Comme un pied.

Jrepasse plus tard Cour de Rome et jl'aperçois qui discute le bout de gras avec autre zozo de son espèce. Dis-donc, qu'i lui faisait l'autre, tu dvrais, qu'i lui disait, mettre un ottbouton, qu'il ajoutait, à ton pardingue, qu'i
concluait.


Interrogatoire.

- à quelle heure ce jour-là passa l'autobus de la ligne S de midi 23, direction
porte de Champerret ?

- à midi 38.

- Y avait-il beaucoup de monde dans l'autobus de la ligne S sus-désigné ?

- Des floppées.

- Qu'y remarquâtes-vous de particulier ?

- Un particulier qui avait un très long cou et une tresse autour de son chapeau.

- Son comportement était-il aussi singulier que sa mise et son anatomie ?

- Tout d'abord non ; il était normal, mais il finit par s'avérer être celui d'un cyclothymique paranoïaque légèrement hypotendu dans un état d'irritabilité hypergastrique.

- Comment cela se traduisit-il ?

- Le particulier en question interpella son voisin sur un ton pleurnichard en lui demandant s'il ne faisait pas exprès de lui marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs.

- Ce reproche était-il fondé ?

- Je l'ignore.

- Comme se termina cet incident ?

- Par la fuite précipitée du jeune homme qui alla occuper une place libre.

- Cet incident eut-il un rebondissement ?

- Moins de deux heures plus tard.

- En quoi consista ce rebondissement ?

- En la réapparition de cet individu sur mon chemin.

- Où et comment le revîtes-vous ?

- En passant en autobus devant la cour de Rome.

- Qu'y faisait-il ?

- Il prenait une consultation d'élégance.


Comédie.


Acte premier


Scène I

(Sur la plate-forme arrière d'un autobus S, un jour, vers midi.) Le Receveur. - la monnaie, s'iou plaît. (Des voyageurs lui passent la monnaie.)


Scène II

(L'autobus s'arrête.) Le Receveur. - laissons descendre. Priorités ? Une priorité ! C'est complet. Drelin, drelin, drelin.


Acte second


Scène I

(Même décor.) Premier Voyageur (Jeune, long cou, une tresse autour du chapeau).
- On dirait, monsieur, que vous le faites exprès de me marcher sur les pieds chaque fois qu'il passe des gens. Second Voyageur (hausse les épaules)


Scène II

(Un troisième voyageur descend.) Premier Voyageur (s'adressant au public) : Chouette ! une place libre ! J'y cours. (Il se précipite dessus et l'occupe.)


Acte troisième


Scène I

(La Cour de Rome.) Un Jeune Élégant (au premier voyageur, maintenant piéton).
- l'échancrure de ton pardessus est trop large. Tu devrais la fermer un peu en faisant remonter le bouton du haut.


Scène II

(À bord d'un autobus S passant devant la cour de Rome.) Quatrième Voyageur.
-Tiens, le type qui se trouvait tout à l'heure avec moi dans l'autobus et qui s'engueulait avec un bonhomme. Curieuse rencontre. J'en ferai une comédie en trois actes et en prose.


Apartés.

L'autobus arriva tout gonflé de voyageurs. Pourvu que je ne le rate pas, veine il y a encore une place pour moi. L'un d'eux il en a une drôle de tirelire avec son cou démesuré portait un chapeau de feutre mou entouré d'une sorte de cordelette à la place de ruban ce que ça a l'air prétentieux et soudain se mit tiens qu'est-ce qui lui prend à vitupérer un voisin l'autre fait pas attention à ce qu'il lui raconte auquel il reprochait de lui marcher exprès a l'air de
chercher la bagarre, mais il se dégonflera sur les pieds. Mais comme une place était libre à l'intérieur qu'est-ce que je disais il tourna le dos et courut l'occuper.

Deux heures plus tard environ, c'est curieux les coïncidences il se trouvait cour de Rome en compagnie d'un ami un michet de son espèce qui lui désignait de l'index un bouton de son pardessus qu'est-ce qu'il peut bien lui raconter ?


Parécheèses.

Sur la tribune bustérieure d'un bus qui transhabutait vers un but peu bucolique des bureaucrates abutis, un burlesque funambule à la buccule loin de buste et au gibus sans buran, fit brusquement du grabuge contre un burgrave qui le bousculait: « Butor! y a de l'abus! » S'attribuant un tabouret, il s'y culbuta tel un obus dans une cambuse.

Bultérieurement, en un conciliabule, il butinait cette stibulation: « Buse! ce globuleux buton buche mal ton burnous!»


Fantomatique.

Nous, garde-chasse de la Plaine-Monceau, avons l'honneur de rendre compte de l'inexplicable et maligne présence dans le voisinage de la porte orientale du parc de S. A. R. Monseigneur Philippe le sacré duc d'Orléans, ce jour d'huy seize de mai mille sept cent quatre-vingt-trois, d'un chapeau mou de forme inhabituelle et entouré d'une sorte de galon tressé. Conséquemment nous constatâmes l'apparition soudaine sous le dit chapeau d'un homme jeune, pourvu d'un cou d'une longueur extraordinaire et vêtu comme on se vêt sans doute à la Chine. L'effroyable aspect de ce quidam nous glaça les sangs et prévint notre fuite. Ce quidam demeura quelques instants immobile, puis s'agita en grommelant comme s'il repoussait le voisinage d'autres quidams invisibles mais à lui sensibles. Soudain son attention se porta vers son manteau et nous l'entendîmes qui murmurait comme suit : «il manque un bouton, il manque un bouton». Il se mit alors en route et prit la direction de la Pépinière. Attiré malgré nous par l'étrangeté de ce phénomène, nous le suivîmes hors des limites attribuées à notre juridiction et nous atteignîmes nous trois le quidam et le chapeau un jardinet désert mais planté de salades. Une plaque bleue d'origine inconnue mais certainement diabolique portait l'inscription «Cour de Rome». Le quidam s'agita
quelques moments encore en murmurant : «Il a voulu me marcher sur les pieds.» il disparut alors, lui d'abord et quelque temps après son chapeau. Après avoir dressé procès-verbal de cette liquidation, j'allai boire chopine à la Petite-Pologne.


Philosophique.

Les grandes villes seules peuvent présenter à la spiritualité phénoménologique les essentialités des coïncidences temporelles et improbabilistes. Le philosophe qui monte parfois dans l'inexistentialité futile et outilitaire d'un autobus S y peut apercevoir avec la lucidité de son œil pinéal les apparences fugitives et décolorées d'une conscience profane affligée du long cou de la vanité et de la tresse chapeautière de l'ignorance. Cette matière sans entéléchie véritable se lance parfois dans l'impératif catégorique de son élan vital et récriminatoire
contre l'irréalité néoberkeleyienne d'un mécanisme corporel inalourdi de conscience. Cette attitude morale entraîne alors le plus inconscient des deux vers une spatialité vide où il se décompose en ses éléments premiers et crochus.

La recherche philosophique se poursuit normalement par la rencontre fortuite mais anagogique du même être accompagné de sa réplique inessentielle et couturière, laquelle lui conseille nouménalement de transposer sur le plan de l'entendement le concept de bouton de pardessus situé sociologiquement trop bas.


Apostrophe.

Ô stylographe à la plume de platine, que ta course rapide et sans heurt trace sur le papier au dos satiné les glyphes alphabétiques qui transmettront aux hommes aux lunettes étincelantes le récit narcissique d'une double rencontre à la cause autobusilistique. Fier coursier de mes rêves, fidèle chameau de mes exploits littéraires, svelte fontaine de mots comptés, pesés et choisis, décris les courbes lexicographiques et syntactiques qui formeront graphiquement la narration futile et dérisoire des faits et gestes de ce jeune homme qui prit un jour l'autobus S sans se douter qu'il deviendrait le héros immortel de mes laborieux travaux d'écrivain. Freluquet au long cou surplombé d'un chapeau cerné d'un galon tressé, roquet rageur, rouspéteur et sans courage qui fuyant la bagarre allas poser ton derrière moissonneur de coups de pieds au cul sur une banquette en bois durci, soupçonnais-tu cette destinée rhétorique lorsque devant la gare Saint-Lazare tu écoutais d'une oreille exaltée les conseils de tailleur
d'un personnage qu'inspirait le bouton supérieur de ton pardessus ?


Maladroit.

Je n'ai pas l'habitude d'écrire. Je ne sais pas. J'aimerais bien écrire une tragédie ou un sonnet ou une ode, mais il y a les règles. Ça me gêne. C'est pas fait pour les amateurs. Tout ça c'est déjà bien mal écrit. Enfin. En tout cas,
j'ai vu aujourd'hui quelque chose que je voudrais bien coucher par écrit. Coucher par écrit ne me paraît pas bien fameux. ça doit être une de ces expressions toutes faites qui rebutent les lecteurs qui lisent pour les éditeurs
qui recherchent l'originalité qui leur paraît nécessaire dans les manuscrits que les éditeurs publient lorsqu'ils ont été lus par les lecteurs que rebutent les expressions toutes faites dans le genre de "coucher par écrit" qui est pourtant ce que je voudrais faire de quelque chose que j'ai vu aujourd'hui bien que je ne sois qu'un amateur que gênent les règles de la tragédie du sonnet ou de l'ode car je n'ai pas l'habitude d'écrire. Merde, je ne sais pas comment j'ai fait mais me voilà revenu tout au début. Je ne vais jamais en sortir. Tant pis. Prenons le taureau par les cornes. Encore une platitude. Et puis ce gars-là n'avait rien d'un taureau. Tiens, elle n'est pas mauvaise celle-là. Si j'écrivais : prenons le godelureau par la tresse de son chapeau de feutre mou emmanché d'un long cou, peut-être bien que ce serait original. Peut-être bien que ça me ferait connaître des messieurs de l'Académie française, du Flore et de la rue Sébastien-Bottin. Pourquoi ne ferais-je pas de progrès après tout. C'est en écrivant qu'on devient écriveron. Elle est forte celle-là. Tout de même faut de la mesure. Le type sur la plate-forme de l'autobus, il en manquait quand il s'est mis à engueuler son voisin sous prétexte que ce dernier lui marchait sur les pieds chaque fois qu'il se tassait pour laisser monter ou descendre des voyageurs. D'autant plus qu'après avoir protesté comme cela, il est allé vite s'asseoir dès qu'il a vu une place libre à l'intérieur comme s'il craignait les
coups. Tiens j'ai déjà raconté la moitié de mon histoire. Je me demande comment j'ai fait. C'est tout de même agréable d'écrire. Mais il reste le plus difficile. Le plus calé. La transition. D'autant plus qu'il n'y a pas de
transition. Je préfère m'arrêter.


Désinvolte.


I.

Je monte dans le bus.

- C'est bien pour la porte Champerret ?

- Vous savez donc pas lire ?

- Excuses. Il moud mes tickets sur son ventre.

- Voilà.

- Merci. Je regarde autour de moi.

- Dites donc, vous. Il a une sorte de galon autour de son chapeau.

- Vous pourriez pas faire attention ? Il a un très long cou.

- Non mais dites donc. Le voilà qui se précipite sur une place libre.

- Eh bien. Je me dis ça.


II.

Je monte dans le bus.

- C'est bien pour la place de la Contrescarpe ?

- Vous savez donc pas lire ?

- Excuses. Son orgue de Barbarie fonctionne et il me rend mes tickets avec un
petit air dessus.

- Voilà.

- Merci. On passe devant la gare Saint-Lazare.

- Tiens le type de tout à l'heure. Je penche mon oreille.

- Tu devrais faire mettre un autre bouton à ton pardessus. Il lui montre où.

- Il est trop échancré ton pardessus. Ça c'est vrai.

- Eh bien. Je me dis ça.


Partial.

Après une attente démesurée l'autobus enfin tourna le coin de la rue et vint freiner le long du trottoir. Quelques personnes descendirent, quelques autres montèrent : j'étais de celles-ci. On me asse sur la plate-forme, le receveur tira véhémentement sur une chasse de bruit et le véhicule repartit. Tout en découpant dans un carnet le nombre de tickets que l'homme à la petite boîte allait oblitérer sur son ventre, je me mis à inspecter mes voisins. Rien que des voisins. Pas de femmes. Un regard désintéressé alors. Je découvris bientôt la crème de cette boue circonscrivante : un garçon d'une vingtaine d'années qui portait une petite tête sur un long cou et un grand chapeau sur sa petite tête et une petite tresse coquine autour de son grand chapeau.

Quel pauvre type, me dis-je.

Ce n'était pas seulement un pauvre type, c'était un méchant. Il se poussa du côté de l'indignation en accusant un bourgeois quelconque de lui laminer les pieds à chaque passage de voyageurs, montants ou descendants. L'autre le regarda d'un œil sévère, cherchant une réplique farouche dans le répertoire tout préparé qu'il devait trimbaler à travers les diverses circonstances de la vie, mais ce jour-là il ne se retrouvait pas dans son classement. Quant au jeune homme, craignant une paire de gifles, il profita de la soudaine liberté d'une place assise pour se précipiter sur celle-ci et s'y asseoir.

Je descendis avant lui et ne pus continuer à observer son comportement. Je le destinais à l'oubli lorsque, deux heures plus tard, moi dans l'autobus, lui sur le trottoir, je le revis cour de Rome, toujours aussi lamentable.

Il marchait de long en large en compagnie d'un camarade qui devait être son maître d'élégance et qui lui conseillait, avec une pédanterie dandyesque, de faire diminuer l'échancrure de son pardessus en y faisant adjoindre un bouton
supplémentaire.

Quel pauvre type, me dis-je.

Puis nous deux mon autobus, nous continuâmes notre chemin.


Sonnet.

Glabre de la vaisselle et tressé du bonnet,

Un paltoquet chétif au cou mélancolique

Et long se préparait, quotidienne colique.

À prendre un autobus le plus souvent complet.

L'un vint, c'était un dix ou bien peut-être un S.

La plate-forme, hochet adjoint au véhicule,

Trimbalait une foule en son sein minuscule

Où des richards pervers allumaient des londrès

Le jeune girafeau, cité première strophe,

Grimpé sur cette planche entreprend un péquin

Lequel, proclame-t-il, voulait sa catastrophe,

Pour sortir du pétrin bigle une place assise

Et s'y met. Le temps passe. Au retour un faquin

À propos d'un bouton examinait sa mise.


Olfactif.


Dans cet S méridien il y avait en dehors de l'odeur habituelle, odeur d'abbés,
de décédés, d'œufs, de geais, de haches, de ci-gîts, de cas, d'ailes, d'aime
haine au pet de culs, d'airs détestés, de nus vers, de doubles vés cés, de hies
que scient aides grecs, il y avait une certaine senteur de long cou juvénile,
une certaine perspiration de galon tressé, une certaine âcreté de rogne, une
certaine puanteur lâche et constipée tellement marquées que lorsque deux heures
plus tard je passai devant la gare Saint-Lazare je les reconnus et les
identifiai dans le parfum cosmétique, fashionable et tailoresque qui émanait
d'un bouton mal placé.


Gustatif.

Cet autobus avait un certain goüt. Curieux mais incontestable. Tous les autobus
n'ont pas le même goüt. Ça se dit, mais c'est vrai. Suffit d'en faire
l'expérience. Celui-là - un S - pour ne rien cacher - avait une petite saveur de
cacahouète grillée je ne vous dis que ça. La plate-forme avait son fumet
spécial, de la cacahouète non seulement grillée mais encore piétinée. à un mètre
soixante au-dessus du tremplin, une gourmande, mais il ne s'en trouvait pas,
aurait pu lécher quelque chose d'un peu suret qui était un cou d'homme dans sa
trentaine. Et à vingt centimètres encore au-dessus, il se présentait au palais
exercé la rare dégustation d'un galon tressé un peu cacaoté. Nous dégustâmes
ensuite le chouigne-gueume de la dispute, les châtaignes de l'irritation, les
raisins de la colère et les grappes d'amertume.

Deux heures plus tard nous eümes droit au dessert : un bouton de pardessus… une
vraie noisette…


Tactile.

Les autobus sont doux au toucher surtout si on les prend entre les cuisses et
qu'on les caresse avec les deux mains, de la tête vers la queue, du moteur vers
la plate-forme. Mais quand on se trouve sur cette plate-forme alors on perçoit
quelque chose de plus âpre et de plus rêche qui est la tôle ou la barre d'appui,
tantôt quelque chose de plus rebondi et de plus élastique qui est une fesse.
Quelquefois il y en a deux, alors on met la phrase au pluriel. On peut aussi
saisir un objet tubulaire et palpitant qui dégurgite des sons idiots, ou bien un
ustensile aux spirales tressées plus douces qu'un chapelet, plus soyeuses qu'un
fil de fer barbelé, plus veloutées qu'une corde et plus menues qu'un câble. Ou
bien encore on peut toucher du doigt la connerie humaine, légèrement visqueuse
et gluante, à cause de la chaleur.

Puis si l'on patiente une heure ou deux, alors devant une gare raboteuse, on
peut tremper sa main tiède dans l'exquise fraîcheur d'un bouton de corozo qui
n'est pas à sa place.


Visuel.

Dans l'ensemble c'est vert avec un toit blanc, allongé, avec des vitres. C'est
pas le premier venu qui pourrait faire ça, des vitres. La plate-forme c'est sans
couleur, c'est moitié gris moitié marron si l'on veut. C'est surtout plein de
courbes, des tas d'S pour ainsi dire. Mais à midi comme ça, heure d'affluence,
c'est un drôle d'enchevêtrement. Pour bien faire faudrait étirer hors du magma
un rectangle d'ocre pâle, y planter au bout un ovale pâle ocre et là-dessus
coller dans les ocres foncés un galurin que cernerait une tresse de terre de
Sienne brülée et entremêlée par-dessus le marché. Puis on t'y foutrait une tache
caca d'oie pour représenter la rage, un triangle rouge pour exprimer la colère
et une pissée de vert pour rendre la bile rentrée et la trouille foireuse.

Après ça on te dessinerait un de ces jolis petits mignons de pardingues bleu
marine avec, en haut, juste en dessous de l'échancrure, un joli mignon bouton
dessiné au petit quart de poil.


Auditif.

Coinquant et pétaradant, l'S vint crisser le long du trottoir silencieux. Le
trombone du soleil bémolisait midi. Les piétons, braillantes cornemuses,
clamaient leurs numéros. Quelques-uns montèrent d'un demi-ton, ce qui suffit
pour les emporter vers la porte Champerret aux chantantes arcades. Parmi les
élus haletants, figurait un tuyau de clarinette à qui les malheurs des temps
avaient donné forme humaine et la perversité d'un chapelier pour porter sur la
timbale un instrument qui ressemblait à une guitare qui aurait tressé ses cordes
pour s'en faire une ceinture. Soudain au milieu d'accords en mineur de voyageurs
entreprenants et de voyajrices consentantes et des trémolos bêlants du receveur
rapace éclate une cacophonie burlesque où la rage de la contrebasse se mêle à
l'irritation de la trompette et à la frousse du basson.

Puis, après soupir, silence, pause et double-pause, éclate la mélodie
triomphante d'un bouton en train de passer à l'octave supérieure.


Réactionnaire.

Naturellement l'autobus était à peu près complet, et le receveur désagréable.
L'origine de tout cela, il faut la rechercher dans la journée de huit heures et
les projets de nationalisation. Et puis les français manquent d'organisation et
de sens civique ; sinon, il ne serait pas nécessaire de leur distribuer des
numéros d'ordre pour prendre l'autobus - ordre est bien le mot. Ce jour-là, nous
étions bien dix à attendre sous un soleil écrasant et lorsque l'autobus arriva,
il y avait seulement deux places, et j'étais le sixième. Heureusement que j'ai
dit &odquo;justice&cdquo;, en montrant une vague carte avec ma photo et une
bande tricolore en travers - cela impressionne toujours les receveurs - et je
suis monté. Naturellement je n'ai rien à voir avec l'ignoble justice
républicaine et je n'allais tout de même pas rater un déjeuner d'affaires très
important pour une vulgaire histoire de numéros. Sur la plate-forme nous étions
serrés comme harengs en caque. Je souffre toujours de cette promiscuité
dégoütante. La seule chose qui puisse compenser ce désagrément, c'est
quelquefois le charmant contact du trémoussant arrière-train d'une mignonne
midinette. Ah jeunesse, jeunesse ! mais ne nous excitons pas. Cette fois-là je
n'avais dans mon voisinage que des hommes, dont une sorte de zazou au cou
démesuré et qui portait autour de son feutre mou une espèce de tresse au lieu de
ruban. Comme si on ne devrait pas envoyer tous ces gars-là dans des camps de
travail. Pour relever les ruines par exemple. Celles des anglo-saxons surtout.
De mon temps on était camelot du roy, et pas swing. Toujours est-il que ce
garnement se permet tout à coup d'engueuler un ancien combattant, un vrai, de la
guerre de 14-18. Et ce dernier qui ne riposte pas ! on comprend quand on voit
cela que le traité de Versailles ait été une loufoquerie. Quant au galopin, il
se précipita sur une place libre au lieu de la laisser à une mère de famille.
Quelle époque ! eh bien, ce morveux prétentieux, je l'ai revu, deux heures plus
tard, devant la cour de Rome. Il était en compagnie d'un autre zazou du même
acabit, lequel lui donnait des conseils sur sa mise. Ils se baladaient de long
en large, tous les deux, - au lieu d'aller casser les vitrines d'une permanence
communiste et de brüler quelques bouquins. Pauvre France !


Hai kai.

l'S est-ce long cou marche pieds cris et retraite gare et bouton rencontre


Vers libres.

L'autobus

plein

le coeur

vide

le cou

long

le ruban

tressé

les pieds

plats

plats et aplatis

la place

vide

et l'inattendue rencontre près de la gare aux mille feux éteints

de ce coeur, de ce cou, de ce ruban, de ces pieds,

de cette place vide,

et de ce bouton.


Féminin.

Quelle bande d'empotés ! aujourd'hui vers midi (ce qu'il faisait chaud,
heureusement que je m'étais mis de l'odorono sous les bras, sans ça ma petite
robe d'été en cretonne de ma petite couturière qui me fait des prix, elle était
fichue) du côté du parc Monceau (c'est mieux que le Luxembourg où j'envoie mon
fils, quelle idée d'avoir la pelade à son âge), l'autobus passe, il était plein,
mais j'ai vampé le receveur et je suis montée. Naturellement le tas d'abrutis
qui avait des numéros a protesté, mais pfuitt ! l'autobus était loin. Et moi
dedans. C'était surcomplet. Ce que j'étais serrée, et pas un homme assis à
l'intérieur qui m'aurait cédé sa place. Quels goujats ! à côté de moi, il y
avait un homme assez élégant (c'est très chic une tresse autour d'un feutre mou
au lieu de ruban, \ Adam \ a dü parler de cette nouvelle mode), malheureusement
il avait le cou trop long pour mon goüt. J'ai des amies qui prétendent que
lorsqu'un homme a une partie du corps plus grande que la normale (par exemple un
nez trop grand) ça indique aussi des capacités marquées dans un autre domaine.
Mais je n'en crois rien. En tout cas, ce monsieur très bien se trémoussait tout
le temps et je me demandais ce qu'il attendait pour m'adresser la parole ou me
mettre la main quelque part. C'est un timide, me disais-je. Je n'avais pas tout
à fait tort. Car le voilà qui se met à interpeller un autre bonhomme qui avait
une sale tête d'ailleurs et qui faisait exprès de lui marcher sur les pieds. Si
j'avais été ce jeune homme, je lui aurais cassé la figure, mais au lieu de cela
il est allé vite s'asseoir dès qu'il a vu une place libre et il n'a d'ailleurs
pas songé un seul instant à me l'offrir. Ce qu'il ne faut pas voir, tout de
même, au pays de la galanterie. Un peu plus tard, comme je passais devant la
gare Saint-Lazare (cette fois j'étais assise), je l'ai aperçu qui discutait avec
un ami (un assez joli garçon, ma foi) à propos de l'échancrure de son pardessus
(une drôle d'idée de mettre un manteau par une chaleur pareille, mais ça fait
toujours habillé). Je l'ai regardé, mais l'imbécile il ne m'a même pas reconnue.
<-- end of omission -->


Parties du discours.

Articles :le, la, les, un, une, des, du, au.

Substantifs : jour, midi, plate-forme, autobus, ligne S, côté, parc, Monceau,
homme, cou, chapeau, galon, lieu, coup, ruban, voisin, pieds, fois, voyageur,
discussion, place, heures, gare, saint, Lazare, conversation, camarade,
échancrure, pardessus, tailleur, bouton.

Adjectifs : arrière, compétent, complet, entouré, grand, libre, long, tressé.

Verbes : apercevoir, porter, interpeller, prétendre, faire, marcher, monter,
descendre, abandonner, jeter, revoir, dire, diminuer, faire, remonter.

Pronoms : je, il, se, le, lui, son, qui, celui-ci, que, chaque, tout, quelque.

Adverbes : peu, près, fort, exprès, ailleurs, rapidement, plus, tard.

Prépositions : vers, sur, de, en, sur, devant, en, avec, par, à.

Conjonctions : que, ou.


Par devant par derrière.

Un jour par devant vers midi par derrière sur la plate-forme par devant arrière
par derrière d'un autobus par devant à peu près complet par derrière, j'aperçus
par devant un homme par derrière qui avait par devant un long cou par derrière
et un chapeau par devant entouré d'un galon tressé par derrière au lieu de ruban
par devant. Tout à coup il se mit par derrière à engueuler par devant un voisin
par derrière qui, disait-il par devant, lui marchait par derrière sur les pieds
par devant, chaque fois qu'il montait par derrière des voyageurs par devant.
Puis il alla par derrière s'asseoir par devant, car une place par derrière était
devenue libre par devant.

Un peu plus tard par derrière je le revis par devant devant la gare Saint-Lazare
par derrière avec un ami par devant qui lui donnait par derrière des conseils
d'élégance.


Noms propres.

Sur la Joséphine arrière d'un Léon complet, j'aperçus un jour Théodule avec
Charles le trop long et Gibus entouré par Trissotin et pas par Rubens. Tout à
coup Théodule interpella Théodose qui piétinait Laurel et Hardy chaque fois que
montaient ou descendaient des poldèves. Théodule abandonna d'ailleurs rapidement
Eris pour Laplace.

Deux Huyghens plus tard, je revis Théodule devant Saint-Lazare en grand Cicéron
avec Brummel qui lui disait de retourner chez O'Rossen pour faire remonter Jules
de trois centimètres.


Antonymique.

Minuit. Il pleut. Les autobus passent presque vides. Sur le capot d'un ai du
côté de la bastille, un vieillard qui a la tête rentrée dans les épaules et ne
porte pas de chapeau remercie une dame placée très loin de lui parce qu'elle lui
caresse les mains. Puis il va se mettre debout sur les genoux d'un monsieur qui
occupe toujours sa place.

Deux heures plus tôt, derrière la gare de Lyon, ce vieillard se bouchait les
oreilles pour ne pas entendre un clochard qui se refusait à dire qu'il lui
fallait descendre d'un cran le bouton inférieur de son caleçon.


Botanique.

Après avoir fait le poireau sous un tournesol merveilleusement épanoui je me
greffai sur une citrouille en route vers le champ Perret. Là je déterre une
courge dont la tige était montée en graine et le citron surmonté d'une capsule
entourée d'une liane. Ce cornichon se met à enguirlander un navet qui piétinait
ses plates-bandes et lui écrasait ses oignons. Mais, des dattes ! fuyant une
récolte de châtaignes et de marrons, il alla se planter en un terrain vierge.

Plus tard je le revis devant la serre des banlieusards. Il envisageait une
bouture de pois chiche en haut de sa corolle.


Médical.

Après une petite séance d'héliothérapie, je craignis d'être mis en quarantaine,
mais montai finalement dans une ambulance pleine de grabataires. Là, je
diagnostique un gastralgique atteint de gigantisme opiniâtre avec élongation
trachéale et rhumatisme déformant du ruban de son chapeau. Ce crétin pique
soudain une crise hystérique parce qu'un cacochyme lui pilonne son tylosis
gompheux, puis ayant déchargé sa bile il s'isole pour soigner ses convulsions.

Plus tard je le revois, hagard devant un lazaret, en train de consulter un
charlatan au sujet d'un furoncle qui déparait ses pectoraux.


Injurieux.

Après une attente infecte sous un soleil ignoble, je finis par monter dans un
autobus immonde où se serrait une bande de cons. Le plus con d'entre ces cons
était un boutonneux au sifflet démesuré qui exhibait un galurin grotesque avec
un cordonnet au lieu de ruban. Ce prétentiard se mit à râler parce qu'un vieux
con lui piétinait les panards avec une fureur sénile ; mais il ne tarda pas à se
dégonfler et se débina dans la direction d'une place vide encore humide de la
sueur des fesses du précédent occupant.

Deux heures plus tard, pas de chance, je retombe sur le même con en train de
pérorer avec un autre con devant ce monument dégueulasse qu'on appelle la gare
Saint-Lazare. Ils bavardochaient à propos d'un bouton. Je me dis : qu'il le
fasse monter ou descendre son furoncle, il sera toujours aussi moche, ce sale
con.


Gastronomique.

Après une attente gratinée sous un soleil au beurre noir, je finis par monter
dans un autobus pistache où grouillaient les clients comme asticots dans un
fromage trop fait. Parmi ce tas de nouilles, je remarquai une grande allumette
avec un coup long comme un jour sans pain et une galette sur sa tête
qu'entourait une sorte de fil à couper le beurre. Ce veau se mit à bouillir
parce qu'une sorte de croquant (qui en fut baba) lui assaisonnait les pieds
poulette. Mais il cessa rapidement de discuter le bout de gras pour se couler
dans un moule devenu libre.

J'étais en train de digérer dans l'autobus de retour lorsque je le vis devant le
buffet de la gare Saint-Lazare avec un type tarte qui lui donnait des conseils à
la flan, à propos de la façon dont il était dressé. L'autre en était chocolat.


Zoologique.

Dans la volière qui, à l'heure où les lions vont boire, nous emmenait vers la
place Champerret j'aperçus un zèbre au cou d'autruche qui portait un castor
entouré d'un mille-pattes. Soudain, le girafeau se mit à enrager sous prétexte
qu'une bestiole voisine lui écrasait les sabots. Mais pour éviter de se faire
secouer les puces il cavala vers un terrier abandonné. Je le revis plus tard
devant le jardin d'acclimatation Plus tard, devant le Jardin d'Acclimation, je
revis le poulet en train de pépier avec un zoziau à propos de son plumage.


Impuissant.

Comment dire l'impression que produit le contact de dix corps pressés sur la
plate-forme arrière d'un autobus S un jour vers midi du côté de la rue de
Lisbonne ? Comment exprimer l'impression que vous fait la vue d'un personnage au
cou difformément long et au chapeau dont le ruban est remplacé, on ne sait
pourquoi, par un bout de ficelle ? Comment rendre l'impression que donne une
querelle entre un voyageur placide injustement accusé de marcher volontairement
sur les pieds de quelqu'un et ce grotesque quelqu'un en l'ccurence le personnage
ci-dessus décrit ? comment traduire l'impression que provoque la fuite de ce
dernier, déguisant sa lâcheté du veule prétexte de profiter d'une place assise ?

Enfin comment formuler l'impression que cause la réapparition de ce sire devant
la gare Saint-Lazare deux heures plus tard en compagnie d'un ami élégant qui lui
suggérait des améliorations vestimentaires ?


Modern style.

Dans un omnibus un jour vers midi il m'arriva d'assister à la petite tragi-
comédie suivante. Un godelureau affligé d'un long cou et chose étrange d'un
petit cordage autour du melon (mode qui fait florès mais que je réprouve),
prétextant soudain de la presse qui était grande, interpella son voisin avec une
arrogance qui dissimulait mal un caractère probablement veule et l'accusa de
piétiner avec une méthode systématique ses escarpins vernis chaque fois qu'il
montait ou descendait des dames ou des messieurs se rendant à la porte de
Champerret. Mais le gommeux n'attendit point une réponse qui l'eüt sans doute
amené sur le terrain et grimpa vivement sur l'impériale où l'attendait une place
libre, car un des occupants de notre véhicule venait de poser son pied sur la
molle asphalte du trottoir de la place Pereire.

Deux heures plus tard comme je me trouvais alors moi-même sur cette impériale
j'aperçus le blanc-bec dont je viens de vous entretenir qui semblait goüter fort
la conversation d'un jeune gandin qui lui donnait des conseils copurchic sur la
façon de porter le pet-en-l'air dans la haute.


Probabiliste.

Les contacts entre habitants d'une grande ville sont tellement nombreux qu'on ne
saurait s'étonner s'il se produit quelquefois entre eux des frictions d'un
caractère général sans gravité. Il m'est arrivé récemment d'assister à l'une de
ces rencontres dépourvues d'aménité qui ont lieu en général dans les véhicules
destinés aux transports en commun de la région parisienne aux heures
d'affluence. Il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant à ce que j'en aie été le
spectateur car je me déplace fréquemment de la sorte. Ce jour-là, l'incident fut
d'ordre infime, mais mon attention fut surtout attirée par l'aspect physique et
la coiffure de l'un des protagonistes de ce drame minuscule. C'était un homme
encore jeune, mais dont le cou était d'une longueur probablement supérieure à la
moyenne et dont le ruban du chapeau était remplacé par du galon tressé. Chose
curieuse, je le revis deux heures plus tard en train d'écouter les conseils
d'ordre vestimentaire que lui donnait un camarade en compagnie duquel il se
promenait de long en large, avec négligence dirai-je.

Il n'y avait que peu de chances cette fois-ci pour qu'une troisième rencontre se
produisît, et le fait est que depuis ce jour jamais je ne revis ce jeune homme,
conformément aux raisonnables lois de la vraisemblance.


Portrait.

Le stil est un bipède au cou très long qui hante les autobus de la ligne S vers
midi. Il affectionne particulièrement la plate-forme arrière où il se tient,
morveux, le chef couvert d'une crête entourée d'une excroissance de l'épaisseur
d'un doigt assez semblable à de la corde. D'humeur chagrine, il s'attaque
volontiers à plus faible que lui, mais s'il se heurte à une riposte un peu vive
il s'enfuit à l'intérieur du véhicule où il essaie de se faire oublier.

On le voit aussi, mais beaucoup plus rarement, aux alentours de la gare Saint-
Lazare au moment de la mue. Il garde sa peau ancienne pour se protéger contre le
froid de l'hiver, mais souvent déchirée pour permettre le passage du corps ;
cette sorte de pardessus doit se fermer assez haut grâce à des moyens
artificiels. Le stil, incapable de les découvrir lui-même, va chercher alors
l'aide d'un autre bipède d'une espèce voisine, qui lui fait faire des exercices.

La stilographie est un chapitre de la zoologie théorique et déductive que l'on
peut cultiver en toute saison. div1 n=N70>


Interjections.

Psst ! heu ! ah ! oh ! hum ! ah ! ouf ! eh ! tiens ! oh ! peuh ! pouah ! ouïe !
ou ! aïe ! eh ! hein ! heu ! pfuitt !

Tiens ! eh ! peuh ! oh ! heu ! bon !


Précieux.

C'était aux alentours d'un juillet de midi. Le soleil dans toute sa fleur
régnait sur l'horizon aux multiples tétines. L'asphalte palpitait doucement,
exhalant cette tendre odeur goudronneuse qui donne aux cancéreux des idées à la
fois puériles et corrosives sur l'origine de leur mal. Un autobus à la livrée
verte et blanche, blasonné d'un énigmatique S, vint recueillir du côté du parc
Monceau un petit lot favorisé de candidats voyageurs aux moites confins de la
dissolution sudoripare. Sur la plate-forme arrière de ce chef-d'œuvre de
l'industrie automobile française contemporaine, où se serraient les transbordés
comme harengs en caque, un garnement approchant à petits pas de la trentaine et
portant entre un cou d'une longueur quasi serpentine et un chapeau cerné d'un
cordaginet une tête aussi fade que plombagineuse éleva la voix pour se plaindre
avec une amertume non feinte et qui semblait émaner d'un verre de gentiane, ou
de tout autre liquide aux propriétés voisines, d'un phénomène de heurt répété
qui selon lui avait pour origine un co-usager présent hic et nunc de la STCRP.
Il prit pour élever sa plainte le ton aigre d'un vieux vidame qui se fait pincer
l'arrière-train dans une vespasienne et qui par extraordinaire n'approuve point
cette politesse et ne mange pas de ce pain-là. Mais découvrant une place vide il
s'y jeta.

Plus tard, comme le soleil avait déjà descendu de plusieurs degrés l'escalier
monumental de sa parade céleste et comme de nouveau je me faisais véhiculer par
un autre autobus de la même ligne, j'aperçus le personnage plus haut décrit qui
se mouvait dans la cour de Rome de façon péripatétique en compagnie d'un
individu ejusdem farinae qui lui donnait, sur cette place vouée à la circulation
automobile, des conseils d'une élégance qui n'allait pas plus loin que le
bouton.


Inattendu.

Les copains étaient assis autour d'une table de café lorsque Albert les
rejoignit. Il y avait là René, Robert, Adolphe, Georges, Théodore.

- Alors ça va ? demande cordialement Robert.

- ça va, dit Albert. Il appela le garçon.

- Pour moi, ce sera un picon, dit-il. Adolphe se tourna vers lui :

- Alors, Albert, quoi de neuf ?

- Pas grand-chose.

- Il fait beau, dit Robert.

- Un peu froid, dit Adolphe.

- Tiens, j'ai vu quelque chose de drôle aujourd'hui, dit Albert.

- Il fait chaud tout de même, dit Robert.

- Quoi ? demanda René.

- Dans l'autobus, en allant déjeuner, répondit Albert.

- Quel autobus ?

- L's.

- Qu'est-ce que tu as vu ? demanda Robert.

- J'en ai attendu trois au moins avant de pouvoir monter.

- à cette heure-là ça n'a rien d'étonnant, dit Adolphe.

- Alors qu'est-ce que tu as vu ? demanda René.

- On était serrés, dit Albert.

- Belle occasion pour le pince-fesse.

- Peuh, dit Albert. Il ne s'agit pas de ça.

- Raconte alors.

- à côté de moi il y avait un drôle de type.

- Comment ? demanda René.

- Grand, maigre, avec un drôle de cou.

- Comment ? demanda René.

- Comme si on lui avait tiré dessus.

- Une élongation, dit Georges.

- Et son chapeau, j'y pense : un drôle de chapeau.

- Comment ? demanda René.

- Pas de ruban, mais un galon tressé autour.

- Curieux, dit Robert.

- D'autre part, continua l'Albert, c'était un râleur ce type.

- Pourquoi ça ? demanda René.

- Il s'est mis à engueuler son voisin.

- Pourquoi ça ? demanda René.

- Il prétendait qu'il lui marchait sur les pieds.

- Exprès ? demanda Robert.

- Exprès, dit Albert.

- Et après ?

- Après ? il est allé s'asseoir, tout simplement.

- C'est tout ? demanda René.

- Non. Le plus curieux c'est que je l'ai revu deux heures plus tard.

- Où ça ? demanda René.

- Devant la gare Saint-Lazare.

- Qu'est-ce qu'il fichait là ?

- Je ne sais pas, dit Albert. Il se promenait de long en large avec un copain
qui lui faisait remarquer que le bouton de son pardessus était placé un peu trop
bas.

- C'est en effet le conseil que je lui donnais, dit Théodore.


Découvrez Robert Yves!

Vues : 43945

Commenter

Vous devez être membre du groupe « L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls » avant de pouvoir ajouter des commentaires!

Rejoindre L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls

Commentaire de Cécile Michels le 6 novembre 2012 à 1:29

estceu éniveguenialveu!

Commentaire de Imad B le 20 février 2009 à 12:13
Le text d'aurégine
Un voyageur attend le bus, il remarque un jeune homme au long cou qui porte un chapeau bizarre, entouré d'un galon tressé. Le jeune homme se dispute avec un passager qui lui reproche de lui marcher sur les pieds chaque fois que quelqu'un monte ou descend. Puis il va s'asseoir sur un siège inoccupé. Un quart d'heure plus tard le voyageur revoit le jeune homme devant la gare Saint-Lazare. Il discute avec un ami à propos d'un bouton de pardessus".
Commentaire de Lisa f le 13 février 2009 à 18:57
Commentaire de Nolwenn G le 13 février 2009 à 15:05
Tanka
L'autobus arrive
Un zazou à chapeua monte
Une heurt il y a
Plus tard devant Saint Lazare
Il est question d'un bouton
Commentaire de Nolwenn G le 13 février 2009 à 15:03
Définitionnel
Dans un grand véhicule automobile public de transport urbain désigné par dix-neuvième lettre de l'alphabet, un jeune exentrique portant un surnom donné à Paris en 1942, ayant la patrie du corps qui joint la tête aux épaules s'étendant sur une certaines distances et portant sur l'extrémité supérieure du corps une coiffure de forme variable entourée d'un ruban épais entrelacé en forme de natte _ce jeune exentrique donc imputant à un individu allant d'un lieu un autre la faute consistant à déplacer ses pieds l'un après l'autre sur les siens se mit en route pour se mettre sur un meuble disposé pour qu'on puisse s'asseoir, meuble devenu non occupé.
Cent vingt secondes plus tard, je le vis de nouveau devant l'ensemble des bâtiments et des voies d'un chemin de fer où se font dépôt des marchandises et l'embarquement ou le débarquement des voyageurs. Un autre jeune exentrique portant un surnom donné à Paris en 1942 lui procurait des avis sur ce qu'il convient de faire à propos d'un cercle de métal, de corne, de bois, etc., couvert ou non d'étoffe, servant à attacher les vétements, en l'occurrence un vêtement masculin qu'on porte par(dessus les autres.

Supporters

Be Creative ! Make your Difference !

Activité la plus récente

Anne-Zahra Chemsseddoha a laissé un commentaire pour Mamadou SOW
"Merci bien !"
Dimanche
Mamadou SOW a laissé un commentaire pour Anne-Zahra Chemsseddoha
"Bienvenue à vous"
Dimanche
Anne-Zahra Chemsseddoha est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
Dimanche
Photos publiées par Vincent Mespoulet
17 nov.
Vincent Mespoulet a partagé sa vidéo sur Facebook
9 nov.
Foucher est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
23 oct.
David SANON est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
6 oct.
Bram est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
1 oct.
Durot est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
25 sept.
Benjamin BEN-LULU est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
13 sept.
Mamadou SOW a laissé un commentaire pour Antonella Moretti
"Bienvenue à vous "
10 sept.
Antonella Moretti est désormais membre de L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
10 sept.

Badge

Chargement en cours…

© 2014   Créé par Vincent Mespoulet.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation